Rassembler à gauche, rassembler la gauche !
Un récent réalisé les 9 et 10 mars par l’institut LH2 fait apparaître que 42% des électeurs ne perçoivent pas de différences entre le projet de Ségolène Royal et celui de François Bayrou. Tel est bien le problème principal qui nous est posé aujourd’hui. Si les différences entre la gauche et la droite s’estompent alors les raisons de voter à gauche s’amenuisent. Voilà pourquoi il serait suicidaire d’opérer un tournant vers le " centre " dans l’espoir chimérique d’attirer à nous des électeurs qui seraient aujourd’hui tentés vers Bayrou. D’autant plus que ce serait méconnaître les motivations qui poussent actuellement un nombre croissant de personnes à aller vers Bayrou. L’attraction Bayrou tient à deux causes. La première c’est le retour en boomerang du " vote utile ". Nous avons chauffé à blanc notre électorat en faisant de la défaite de Sarkozy l’unique enjeu de la campagne présidentielle. Or, s’il est indispensable de battre la droite ultra-libérale cela ne peut constituer le seul objectif d’une campagne présidentielle. Il faut aussi expliquer en quoi une victoire de la gauche est nécessaire pour les françaises et les français. Bref, en quoi nous sommes porteurs d’une alternative. L’alternative ne peut se construire sur de simples postures telles que j’incarne une autre manière de faire de la politique, je suis différente parce que je suis une femme etc. L’alternative se construit sur notre capacité à faire bouger les lignes sur le partage des richesses, sur la défense de l’emploi industriel, sur la volonté d’instaurer de nouvelles régulations publiques justes en Europe et dans le monde. A défaut nous serons la gauche verbeuse et moralisatrice, une gauche insupportable pour des millions d’hommes et de femmes qui subissent la violence économique et sociale de la mondialisation libérale. Qu’attend Ségolène Royal pour dire qu’elle ne laissera pas se développer ces indécents profits boursiers et qu’une partie en sera ponctionnée pour garantir les régimes sociaux ? Qu’attend Ségolène Royal pour dire qu’elle fera de la revalorisation salariale une de ses deux priorités de mandature ? Qu’attend Ségolène Royal pour dire qu’elle fera du combat contre les délocalisations et de la lutte contre le chômage sa deuxième priorité de mandature ? Qu’attend-elle pour dire que l’on peut obliger les entreprises, même dans la mondialisation libérale à se comporter autrement. Qu’il existe des outils pour l’action publique ! Quid de la recréation d’un véritable ministère de l’industrie ? Quid de l’instrument fiscal ? Qu’attend Ségolène Royal pour dire qu’elle conditionnera la poursuite de la construction européenne à la redéfinition d’une politique économique et sociale nouvelle ? Une perspective qui ferait bondir les patrons et forcerait au débat. Il y aurait tant et tant à dire pour incarner une vraie différence et une vraie perspective alternative à Sarkozy et Bayrou et faciliterait la mobilisation et le rassemblement de toute la gauche. J’en viens maintenant à la deuxième motivation actuelle du vote Bayrou, celui d’un vote antisystème. Je le répète, Bayrou c’est " Le Pen light ". En votant Bayrou vous avez les avantages du vote Le Pen sans les inconvénients. L’avantage c’est de dynamiter le " système ", de casser le ressort UMPS, celui d’une l’alternance répétée depuis 20 ans et qui n’a rien changé pour les gens. Aussi paradoxal que cela puisse paraître le vote Bayrou est un vote de colère et de radicalisation. Celle qui grandit depuis 2002, depuis la loi Fillon sur les retraites, la loi Fillon sur l’école, le non au référendum constitutionnel et le CPE. Une radicalité qui ne trouve pour l’instant aucun débouché crédible à gauche et qui pousse, par dépit, à chercher l’instrument de la décomposition maximum du système. C’est pourquoi, le meilleur moyen de ramener vers nous les électeurs et les électrices tentés par le vote Bayrou est bien de développer une ligne clairement de gauche. Si Ségolène Royal ne le fait pas rapidement alors nous courons un grave risque de ne même pas être présents au second tour. Je ne dis pas cela en l’air. J’ai fait trois marchés ce week-end dans trois parties différentes du 14ème arrondissement de la plus bourgeoise à la plus populaire. A chaque fois j’y ai constaté une forte indifférence des électeurs à notre égard. Cette même indifférence que j’avais constatée tout au long de la campagne présidentielle de 2002…