En finir avec le hooliganisme !
Voici l’intégralité de mon intervention en conclusion du débat organisé mercredi 13 décembre au Conseil de Paris sur le PSG.
A vous de juger !
" Monsieur le Maire. Moi aussi, je voudrais en votre nom remercier l’ensemble des orateurs pour la qualité de ce débat qui, au-delà des tonalités ou des sensibilités des uns ou des autres, traduit une large convergence de vues. Au risque de paraître peut-être un petit peu iconoclaste, je voudrais dire que, malheureusement, dans les événements tragiques que nous vivons, il y a une opportunité qu’il faut que nous ne laissions pas passer. Dans l’histoire de la lutte contre le hooliganisme, malheureusement mais c’est ainsi, les situations n’ont pu être réglées autrement que dans les crises. Je dis cela pour répondre à l’ensemble des collègues qui disent : " Pourquoi n’avons-nous pas agi auparavant ? " Les constats, nous les avions faits ! Je peux vous garantir, mes chers collègues que ces constats nous les avions faits. Et, si vous vous reportez à la presse sportive de l’époque, puisque c’est elle qui en parlait, vous verriez que, parmi les rares fois où nous étions entendus, notamment à l’occasion des affrontements passés entre les Boulogne Boys et les Tigrys Mystic, nous avions exactement caractérisé les problèmes. Je les avais caractérisés en expliquant d’où venait la difficulté principale, et je le disais de manière récurrente. Mais cela n’avait pas cette ampleur et cet écho…parce qu’il n’y avait pas eu ce drame. Vous faites référence à la Belgique et à l’Angleterre, mais il y a eu 35 morts en Belgique au Heysel et plus de 80 morts en Angleterre à Hillsborough avant que les pouvoirs publics de ces deux pays ne s’y mettent ! Heureusement nous n’attendons pas qu’il y ait ce chiffre pour le faire ! C’est pour cela qu’en prenant le débat avec la volonté non de hiérarchiser les responsabilités mais de réfléchir à la manière d’évoluer, je pense que nous le faisons intelligemment.
Donc, c’est dans les crises que l’on agit. Elles sont un levier. Essayons plutôt de tirer les conséquences de ce qui doit être la modification du comportement de l’ensemble des acteurs de ce dossier, pour que nous n’ayons non pas à revivre cela – nous ne le savons pas – mais pour qu’au moins nous soyons capables d’aller plus loin par rapport à ce que nous avons fait jusqu’à présent.
Pour synthétiser la responsabilité des pouvoirs publics d’Etat je rebondirai sur ce qu’a dit Monsieur le Préfet de Police : il faut vraiment maintenant passer, Monsieur le Préfet, d’une culture de maintien de l’ordre pour éviter les débordements qui constituaient jusqu’à présent la stratégie des forces de police à une culture du maintien de l’ordre et d’éradication du noyau dur des hooligans ? Car même si le maintien de l’ordre est globalement assuré, nous n’avons pas réglé la cause des désordres. Vous avez pris les premières dispositions en augmentant le nombre d’interdictions de stade ; il faut aller plus loin ! Vous le savez, nous le savons ! C’est la raison pour laquelle, de concert, nous avons décidé de maintenir, au moins jusqu’à la fin de l’année civile, la fermeture de la partie basse de la tribune Boulogne, y compris pour vous donner les moyens de travailler et d’aller au fond de cette question. Nous réévaluerons en janvier prochain collectivement, avec le club et vous, Monsieur le Préfet, si jamais il y a lieu ou non de la rouvrir. Je rappelle que la fermeture de cette tribune est un moyen et non pas une fin, un moyen pour vous permettre, Monsieur le Préfet, d’aller sereinement vers l’objectif de la multiplication des interdictions de stade et de l’éradication du noyau dur du hooliganisme.
La responsabilité du club est la suivante, cela a été dit : entrer dans l’ère de la tolérance zéro. Et j’insiste sur le mot " zéro ". Il y a déjà eu par le passé des évolutions du club. Les dirigeants avaient pris conscience d’un certain nombre de difficultés et Pierre Blayau, Francis Graille et Laurent Perpère avaient initié des évolutions. Mais si un certain nombre d’actes étaient positifs – c’est quand même le premier club à s’être publiquement engagé, dans la famille du football professionnel, dans la lutte contre l’homophobie et avoir conclu un partenariat avec une association antiraciste – on voyait qu’ils n’allaient pas jusqu’au bout y compris aussi parce que, dans l’histoire de la lutte contre le hooliganisme, ce ne sont pas les clubs qui ont réglé seuls les problèmes. S’il n’y a pas une volonté concertée de l’ensemble des acteurs, la tentation du club va être, pour reprendre la formule de Monsieur le Préfet, de rester dans une culture du maintien de l’ordre. Quand on maintient l’ordre, on passe des accords et parfois des accords pas très honorables. A partir du moment où nous sortons d’une culture du maintien de l’ordre pour entrer dans une culture d’éradication du hooliganisme, le club doit passer dans l’ère de la tolérance zéro. De ce point de vue, l’évolution du Président Cayzac, ses propos, l’engagement de ses actionnaires, à la fois de rester et de rester pour aider à nettoyer, sont positifs.
La responsabilité de la Ville – il y en a une, bien évidemment -, c’est d’user sans modération de son pouvoir d’interpellation. Dans la période qui vient de s’écouler, le moins que nous puissions dire, c’est que nous l’avons fait ! C’est aussi de prendre sa part, nous l’avons fait et nous continuerons à le faire, de prendre sa part financière dans le cadre d’un plan global de sécurité qui va être redéfini collectivement.
Il y a aussi une responsabilité de la famille du football professionnel. Plusieurs d’entre vous l’ont pointée. Ils ont raison. Il faut que la famille du football professionnel fasse son examen de conscience. Elle n’est certes pas responsable de tout. Le racisme et la violence sont d’abord des phénomènes sociaux globaux. Mais, on peut considérer que si cela existe dans la société, dans le sport professionnel cela n’existe majoritairement que dans le football professionnel. Il y a donc peut-être un certain nombre d’interrogations que le monde du football professionnel doit avoir. Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, vous avez eu raison de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un phénomène contingenté au seul Paris-Saint-Germain, même s’il concentre la plupart de ces exactions à caractère raciste, antisémite et violent. Et comme c’est dans la capitale et que c’est le PSG, c’est donc plus visible et plus médiatique. Mais les organisations antiracistes nous disent – j’ai eu de fréquentes discussions avec la LICRA – que cela existe aussi dans d’autres clubs et que la réaction des présidents de clubs ou de la ligue, mais surtout des présidents de clubs, c’est de menacer la LICRA d’actions judiciaires en disant : " Il n’y a pas de racistes chez nous ! " Il faut donc que la famille du football professionnel considère que ce n’est pas qu’un problème parisien et fasse son examen de conscience. Je pense qu’il y a là une réflexion sur l’évolution et la dérive du foot-business et aussi sur le fait qu’on a laissé faire une déréglementation du marché des transferts qui fait que, aujourd’hui, il y a une perte d’identité des clubs et que le seul point de repère stable ce ne sont plus les joueurs mais les supporters et parmi eux un certain nombre de supporters dits ultras. Cet effet de distorsion doit être corrigé.
Enfin, les associations de supporters doivent aussi faire leur propre examen de conscience. On peut être " rebelles " tout en étant des interlocuteurs responsables. J’ai appelé cela passer de la mentalité de la jacquerie à une culture syndicale chez les supporters. Si elles veulent voir leur utilité reconnue, les associations de supporters doivent faire évoluer leur " identité ". Tant qu’elles n’expurgeront pas de leurs buts officiels ou officieux et de leurs motivations la violence et le racisme, nous aurons les plus grandes difficultés à sortir d’une logique de méfiance et de répression à leur égard. A partir du moment où elles évoluent et elles doivent comprendre que cette crise est le moyen pour elles d’évoluer et si elles expurgent toute forme de racisme et de violence de leur comportement, alors à ce moment là il faudra leur reconnaître une utilité et une place dans la famille du football y compris en acceptant que cela s’accompagne d’un pouvoir fort d’interpellation. Après tout, l’unanimité ou l’unanimisme n'est pas l’unique moyen de faire fonctionner la famille du football.
Je voudrais terminer sur la question de la convention qui nous lie au PSG. A situation nouvelle, dispositions nouvelles. A partir du moment où nous considérons que cette crise est un levier qui doit nous permettre d’avancer, alors oui la convention doit être redéfinie, rediscutée. Nous allons rediscuter avec le club de la prise en compte écrite d’un certain nombre de propositions que nous faisons ensemble aujourd’hui en matière de sécurité et bien évidemment, il existe deux cas de figures. Ou le club les intègre et nous vous proposerons le renouvellement de la subvention assorti de la nouvelle convention lors d’un prochain Conseil de Paris et nous étalerons le versement de la subvention pour nous donner les moyens d’en contrôler la traduction dans les faits. Ou le club refuse et alors " pas de bras, pas de chocolat " car il n’existera plus de bases juridiques et politiques au versement d’une subvention. Mais nous devons nous inscrire dans la perspective que le club soit disposé à le faire. Puisque le Président Cayzac a annoncé sa volonté de réaliser un nouveau plan de sécurité – nous en avons discuté ensemble avec le Préfet de Police lors de la réunion du Contrat Local de Sécurité – il faut maintenant que nous ayons un plan plus global, présenté par le club et validé par la Préfecture de Police et la Ville qui intègre tout à la fois les aspects relatifs à la sécurité à l’intérieur du Parc des Princes que des évolutions sur la pratique policière pour passer d’une culture du seul maintien de l’ordre à une culture d’éradication de la violence à caractère raciste et antisémite. Cela passe bien sûr par de nouveaux procédés techniques mais cela passe aussi, Monsieur le Préfet, vous le savez et je vous le dis très franchement, très sincèrement et très amicalement, par une autre disposition des forces de police que vous avez commencée à impulser, quand l'on constate le nombre d’interdictions de stade qui augmentent et nous n’en sommes pas encore au bout.
Monsieur le Maire, Mes chers collègues, je vous remercie. "