Souveraineté ?
Les socialistes se résignent-il à assister passivement aux dégâts de la mondialisation libérale ? C’est au fond la question qui sera en creux de cette élection présidentielle et elle sera posée aux socialistes car la droite pour l’instant a déjà abdiqué. Le reste, est intéressant mais secondaire. Bien sûr qu’il faut discuter de la place et du rôle de la famille. Bien sûr que la reconquête des " valeurs " dans notre société par la gauche est utile. Bien sûr que l’évolution de notre système éducatif pour plus d’égalité est importante. Bien sûr enfin qu’il existe une foultitude de sujets où une nouvelle approche, " concrète ", " proche des préoccupations " des " gens " est nécessaire. Mais, qui pourrait nier que la discussion serait de la même nature selon qu’il existera ou non dans les 20 ans qui viennent un tissu industriel ou non en Europe ? Mais, qui pourrait nier que la discussion serait de la même nature selon que nos marchés financiers seront ou non tombés sous la coupe d’une autre puissance étrangère ? Mais, qui pourrait nier que la discussion serait de la même nature selon qu’il existera encore ou non des services publics ou que ceux-ci auraient été captés par des fonds de pension dans le cadre de la déréglementation généralisée en cours en Europe ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Vous en doutez ? Alors comment caractérisez-vous les OPA lancées par le Nasdaq sur la Bourse de Londres et par le New-York Stock Exchange sur Euronext la plateforme qui regroupe plusieurs bourses européennes dont celle de Paris ? Voilà en tout cas comment Henri Lachmann, président du Conseil de Surveillance de Schneider, les qualifiait dans une interview au Figaro : " Une acquisition reste une acquisition. Et celle d’Euronext par le Nyse, ajoutée à la fusion des marchés de Chicago et aujourd’hui à l’offre du Nasdaq sur LSE signifie une chose : les plus grands marchés mondiaux seront demain sous contrôle américain. Ce qui impliquera automatiquement et au minimum une diffusion de l’influence américaine sur nos régulateurs, nos règles et nos pratiques comptables ou de marché. " Vous en doutez toujours ? Dans ce cas réfléchissez au destin de la sidérurgie ! Arcelor, ex Usinor-Sacilor, renfloué dans les années 80 par les gouvernements de gauche, puis privatisé par ceux de droite après qu’il soit devenu un champion européen du secteur, puis récemment passé après une OPA sous le contrôle de Mittal Steel, géant indien. Et aujourd’hui c’est au tour du conglomérat anglo-néerlandais Corus de faire l’objet d’une tentative d’OPA d’un autre géant indien, Tata Steel. Tel est en effet le destin programmé de l’industrie européenne si rien ne change : être voué à être dépecée à terme par les puissances émergentes en Inde, en Chine ou par les fonds de pension américains. Curieux paradoxe pour la zone la plus prospère du monde, l’Europe de voir sa destinée se confondre avec celle des pays du Tiers-Monde qu’elle colonisa au 19ème siècle et pendant une partie du 20ème siècle. Voilà pourquoi la question première qui nous est posée à nous autres européens est celle de notre capacité à maintenir une souveraineté, monétaire, industrielle et sociale sans lesquelles la souveraineté populaire ne sera plus qu’un mot creux. Voici pourquoi, à gauche, beaucoup d’entre nous firent campagne contre la Constitution libérale européenne et appelèrent à voter non le 29 mai 2005, pour tourner le dos à l’Europe libérale et construire demain une autre Europe. Ségolène Royal a dit clairement qu’elle prenait acte du choix des français le 29 mai dernier. Bravo ! Prenons la au mot. Il est temps maintenant d’incarner cette orientation dans des actes qui devront commencer à être posés dans la campagne présidentielle. Si telle est sa volonté, elle pourra compter sur beaucoup d’énergie à gauche.