Salut !

Publié le par cherki

Philippe SeguinPhilippe Seguin est mort. Il nous a quitté dans ses 66 ans, terrassé par une crise cardiaque. La variété et la multitude des hommages qui se succèdent depuis ce matin témoigne de l’émotion que provoque sa disparition et du respect qui s’attachait à sa personne. J’ai eu l’immense privilège de le côtoyer pendant près de 10 années. Ma première rencontre date de 2001. Nous venions de remporter les élections municipales à Paris. Philippe Seguin, malgré tout son talent et ses efforts, n’avait pu éviter une défaite programmée d’une droite parisienne déconsidérée par un trop long exercice des responsabilités où elle s’était abîmée dans le clientélisme et la division. Cette défaite n’était pas la sienne et pourtant il en portait les stigmates, meurtri de s’être fourvoyé dans un combat qui manquait de hauteur lui qui avait su dix ans auparavant élever le débat politique à un sommet rarement inégalé en France lors de la campagne contre le traité de Maastricht. J’ai donc pris l’initiative de lui demander un rendez-vous. Nouvel adjoint aux sports je voulais m’entretenir avec lui de la relation entre la municipalité et le PSG car je savais que passionné de foot et supporter du PSG il pourrait m’éclairer utilement sur ce sujet. Il m’a reçu très courtoisement dans son bureau. Il savait que j’avais exercé des responsabilités à SOS Racisme et connaissait les liens d’amitié et de complicité politique qui m’unissaient à l’époque à Julien Dray qu’il appréciait. A ma grande surprise nous n’avons que peu parlé de foot et beaucoup du reste à commencer par une chaleureuse conversation sur Napoléon III, de Gaulle et le bonapartisme. J’ai découvert à cette occasion combien il était profondément attaché à la République et aussi l’abîme qui le séparait du libéralisme le plus abscond auquel s’étaient progressivement rangés les dirigeants de la droite française, et certains de la gauche aussi. Quelques whiskys après nous avons enfin et brièvement parlé du PSG pour constater notre identité d’approche sur ce dossier. Je suis sorti passablement éméché de ce rendez-vous et grisé d’avoir eu l’opportunité de fréquenter un tel personnage. Une amitié s’était nouée, elle m’accompagnera pendant dix années. Nous nous retrouvions au Parc des Princes à l’occasion des matchs du PSG qu’il suivait avec passion. Avant match et à la mi-temps nous discutions de tout et de rien dans les salons VIP du Parc. Je lui demandais souvent conseil. Quand il apprit que je me lançais à corps perdu dans la campagne du NON socialiste à l’occasion du référendum de 2005 contre le projet de Constitution libérale européenne il me prodigua bien volontiers des conseils et m’encouragea. A l’issue de la victoire du NON nous avons bu un coup ensemble en nous marrant et je me rappelle lui avoir dit avec un regard malicieux « on les a bien niqué, tu vois ce sont des militants socialistes, de gauche, qui ont terminé le travail que tu avais commencé lors du traité de Maastricht ». Philippe Seguin avait librement décidé d’arrêter la politique active pour se consacrer pleinement à ses fonctions de Président de la Cour des Comptes. Il ne se reconnaissait plus dans la classe politique de droite depuis la réélection de Jacques Chirac en 2002. Philippe Seguin était un gaulliste dans une droite qui avait renié l’idéal gaulliste pour se convertir au libéralisme, à la financiarisation de l’économie et au libre-échange mondial auquel il ne croyait pas. Notre République perd un de ses serviteurs les plus fidèles et les plus dévoués. Notre classe politique perd  un de ses dirigeants à l’intelligence des plus aiguisées et à l’exigence intellectuelle des plus fécondes et qui pouvait bien légitimement reprendre à son compte les propos célèbres de son mentor, le Général de Gaulle, qui déclarait « Je suis un homme qui n’appartient à personne et qui appartient à tout le monde ». Je perds un ami.

Publié dans Action militante

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