Retraites : affronter le débat !

Publié le par cherki

Il existe deux manières d’aborder le débat sur le financement des retraites. La première est celle de la droite, celle du gouvernement et du COR, qui, à partir de projections fantaisistes et faussement alarmistes à 40 ans se préoccupent uniquement des dépenses. Le but de leur manœuvre est évident : affoler la population en lui présentant comme inéluctable un allongement de la durée des cotisations et un report au-delà de 60 ans de l’âge légal de départ à la retraite. Cette position est dans la droite ligne de celle toujours suivie par la droite libérale en France depuis le milieu des années 80. La seconde manière d’aborder le débat est celle qui doit animer la gauche et qui consiste à se pencher d’abord sur les recettes pour conforter des conquêtes sociales arrachées de haute lutte par les salariés. Cette manière de gauche conduit à se préoccuper d’abord de la répartition des richesses qui ne doit pas rester intangible et amène à se poser la question de la mise à contribution massive des hauts revenus et des revenus du capital au financement des retraites. Cette manière conduit à se poser la question de l’affectation d’une partie de la plus value produite par les salariés, vous voudrez excuser mon marxisme primaire, au financement de leur retraite. C’est pourquoi la gauche ne doit pas avoir peur du débat frontal et de la confrontation avec le gouvernement sur cette question. Martine Aubry a eu raison, dans une tribune publiée ce jour dans le journal Le Monde, d’ouvrir d’autres pistes de financement qui permettent de maintenir l’âge légal à 60 ans, de ne pas allonger la durée des cotisations et de revaloriser les pensions : élargissement de l’assiette des cotisations à la valeur ajoutée, cotisations sur les stocks-options et autres rémunérations non assujetties, abolition des privilèges fiscaux, surtaxe de 10% de l’impôt sur les sociétés acquitté par les banques etc.

Le débat sur les retraites est un débat hautement politique, il porte sur notre modèle de société, il interroge la gauche sur les finalités de son engagement et de son action. La gauche souhaite émanciper l’homme de l’aliénation de la société capitaliste résultant de la scission de la personne qu’opère le travail salarié. Pendant longtemps la gauche a cru pouvoir résoudre ce dilemme d’un travail qui émancipe et aliène à la fois en faisant des producteurs les maîtres de la production et du sens de la production par l’appropriation collective des moyens de production et d’échange. L’échec du communisme soviétique a sonné le glas de cette méthode. Nous sommes sommés d’accepter l’économie de marché. Bien sûr nous n’avons pas renoncé à la socialisation des pans entiers de l’activité humaine dont les services publics et l’Etat providence constituent une des caractérisations les plus manifestes. Mais, et même si cela est très important, cela ne constitue qu’une des manières de permettre la reproduction dans de bonnes conditions de la force de travail. Cela ne résout pas pour autant la question fondamentale de l’aliénation du travail salarié dans une économie de marché. Or, à moins de transformer l’ensemble de l’activité économique dans une économie de marché capitaliste en coopératives salariés de production, la seule manière d’avancer radicalement dans la voie de l’émancipation de l’homme c’est de lui rendre du temps. Cela passe par deux manières, diminuer le temps de travail salarié hebdomadaire, c’est le combat pour la réduction du temps de travail, et garantir le droit à partir le plus tôt possible à la retraite avec une pension permettant de vivre dignement.

Publié dans Action militante

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