La droite allemande contre l'Europe !

Publié le par cherki

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Lors d’un précédent article publié sur ce même blog j’avais choqué beaucoup en qualifiant l’Allemagne de 4ème Reich libéral. Je regrette et j’assume et je veux m’en expliquer plus longuement afin que mes contradicteurs me répondent sur le fond d’une analyse et non en s’arrêtant à une formule que je continue de trouver juste même si elle peut apparaître comme malheureuse.

En quoi je regrette l’emploi de cette formule ? Simplement dans le fait qu’elle ait pu donner l’impression que j’assimilais l’Allemagne d’aujourd’hui à l’Allemagne nazie par l’emploi du terme Reich. Je voudrais simplement faire remarquer que le nazisme était le 3ème Reich, ce qui implique qu’il y en eu deux avant. Mais, quoiqu’il en soit, la manière dont l’on est perçu par le plus grand nombre compte autant que ce que l’on a voulu exprimer et il ne sert à rien de persévérer dans une caractérisation qui demanderait trop d’analyse politique et économique comparée pour un simple article sur un blog. Je retire donc ce terme.

Cependant j’assume ce que contenait mon précédent article et veut maintenant le développer pour lui donner encore plus d’ampleur, pour essayer de vous faire partager mon intime conviction qu’aujourd’hui la droite Allemande, et jusqu’à ce jour encore le SPD, posent un problème majeur à l’Europe et sont en passe de devenir les adversaires des salariés européens dans lesquels j’inclus les salariés allemands.

Pourquoi ? Parce que sous la conduite de la droite Allemande et aussi du SPD sous l’ère Schröder, l’Allemagne s’est développée en contradiction avec les intérêts de l’Europe et des peuples qui la composent au point où aujourd’hui elle prétend pérenniser son modèle en l’imposant au reste de l’Europe et en créant à court ou moyen terme les ressorts de l’implosion de la zone euro et de l’Union européenne.

Entendons-nous bien, je n’affirme pas que la seule responsabilité de la crise en Europe provienne du comportement de la droite allemande. Les autres classes dirigeantes ont aussi leur part de responsabilité. Ainsi par exemple, les socialistes espagnols ont conduit leur pays au bord du précipice en spécialisant leur économie sur l’immobilier et en laissant se développer une gigantesque bulle qui a fini par éclater après la crise des subprimes. La droite française porte aussi une part de responsabilité en ayant laissé s’effilocher la base industrielle de la France depuis près de 10 ans. Mais et quelque soit la part de responsabilité des autres classes dirigeantes européennes, il n’en demeure pas moins que la responsabilité principale en revient à la bourgeoisie allemande en ce qu’elle a développé un modèle divergent des autres pays européens et surtout contradictoire avec les besoins de l’Europe.

L’Union Européenne est une zone de libre échange avec pour partie une zone monétaire commune adossée à une monnaie unique l’Euro. L’Union Européenne ne dispose pas d’un budget propre d’une taille suffisamment critique, ni d’une fiscalité propre, ni d’une législation fiscale ou sociale propre pour lui permettre de réaliser une convergence économique. C’est son premier défaut issu du traité de Maastricht et renforcé par les traités de Nice et de Lisbonne. Or, une zone monétaire ne peut se stabiliser quand les économies qui la composent divergent substantiellement. La question de la convergence est toujours devant nous. La difficulté majeure c’est que l’Allemagne souhaite réaliser la convergence des économies européennes sur son propre modèle national. Cela ne pourrait poser aucun problème en soi si le modèle allemand était bénéfique à l’ensemble de l’Europe. Nous serions dans le cadre d’un leadership assumé et accepté par l’ensemble des pays membres de l’Union Européenne. La difficulté c’est que le modèle Allemand n’est pas généralisable et surtout tourne le dos aux aspirations des peuples et aux motivations qui ont présidées à la création de la CEE puis de l’Union Européenne. C’est en ce sens que j’avais parlé de Reich, en ce que l’Allemagne souhaitait dominer l’Europe et l’organiser au profit de la domination exclusive de sa bourgeoisie.

En quoi le modèle allemand est non seulement pas généralisable au reste de l’Union Européenne et en quoi porte-t-il en germe l’implosion de l’Union Européenne ?

Je résumerai ceci en une phrase : l’Allemagne a choisi jusqu’à ce jour d’être un pays, petit au regard des autres grandes nations (USA, Chine, Inde, Brésil, Russie etc.), exclusivement tourné vers une stratégie nationale  dans le cadre de la compétition mondiale plutôt que d’assumer son rôle de grande économie à l’échelle européenne en contribuant à conforter cette dernière.

Il s’agit d’un glissement opéré depuis la réunification dont le coup d’accélérateur fût donné par Schröder et qui a conduit les classes dirigeantes allemandes à choisir le cap stratégique d’extravertir leur économie au moyen de la compression drastique de ses coûts salariaux unitaires.

De 1996 à 2007 la part des exportations rapportée au PIB de l’Allemagne est passée de 26 à 47%. L’Allemagne est avec la Chine un des deux premiers exportateurs mondiaux avec plus de 1 100 milliards de dollars d’exportations en 2006 et un excédent commercial de 200 milliards de dollars en 2006. Cependant cette réussite n’a été atteinte qu’au prix de la compression des coûts salariaux unitaires, c’est-à-dire du rapport entre l’évolution des salaires et de la productivité du travail, qui n’ont cru que de 3% entre 2000 et 2008 quand cette évolution était en moyenne de 20% dans le reste de l’Union Européenne. Or, ce résultat n’a pas été atteint grâce aux gains de productivité qui restent dans la fourchette haute des économies de l’Union Européenne mais principalement en raison de la stagnation des salaires.

Cela signifie que l’économie allemande est une économie principalement tournée vers l’exportation au moyen de la compression des salaires, donc de la demande intérieure allemande et donc de la qualité de vie des travailleurs allemands. Même si au final, l’Allemagne a su conserver sa basse industrielle autour de 20% de son PIB quand elle chutait fortement dans les autres pays européens à commencer par la France. De ce point de vue l’Allemagne ressemble à la Chine à la seule différence que la Chine c’est un pays continent de 1,3 milliards d’habitants qui essaie de rattraper son retard alors que l’Allemagne est un petit pays de 80 millions d’habitants qui tourne de plus en plus le dos à ses voisins européens.

Le hic pour l’Allemagne c’est que son modèle n’est pas viable à moyen et long terme et ce pour plusieurs raisons.

La première, c’est qu’elle rend l’Allemagne extrêmement dépendante de la demande mondiale. Entre 1999 et 2008 les exportations allemandes ont progressé de 90% alors que la consommation intérieure n’a progressé que de 5%. Les profits, élevés, réalisés par les entreprises allemandes n’ont entraîné aucune progression notable du pouvoir d’achat pour les salariés allemands. Avec une hausse de 6% du pouvoir d’achat entre 1999 et 2008, l’Allemagne a enregistré une des plus faibles progressions des pays membres de l’OCDE. Du coup, en cas de contraction de la demande mondiale, l’Allemagne n’a pas de ressort de relais de croissance interne du fait de l’atonie de sa consommation populaire intérieure.

La seconde et la plus importante, c’est que ce modèle n’est pas soutenable à long terme pour les salariés. D’abord en Allemagne même si cependant l’alignement doctrinal du SPD issu de la doctrine Schröder a contribué à paralyser le salariat allemand. Cependant des signes de tension apparaissent du fait de la crise financière ainsi qu’en témoigne la récente prise de position de la DGB qui commence à remettre en cause les fondements de ce consensus libéral entre la CDU et le SPD. Ensuite, ce diktat allemand va devenir de plus en plus insupportable aux autres salariés européens qui sont les victimes par ricochet de cette fuite en avant de l’Allemagne. Objectivement la convergence à la baisse de la croissance des salaires nominaux en Allemagne affecte déjà le noyau dur de la zone euro ( Benelux, France, Autriche) et ce depuis le traité de Maastricht. Mais surtout, subjectivement les peuples commencent à percevoir l’égoïsme de la bourgeoisie allemande ainsi qu’en a témoigné le comportement insultant d’Angela Merkel envers le peuple grec et surtout la volonté de la Chancelière Allemande de mettre sous la tutelle d’une Commission Européenne depuis longtemps acquise à sa volonté, les budgets des Etats membres de l’Union Européenne.

En fait, les peuples européens sont en train de réaliser que la cure d’austérité que leurs gouvernements s’apprêtent à leur imposer n’est pas seulement l’effet de la volonté des marchés ou de la doctrine du FMI, ce qui est incontestable, mais sert aussi les intérêts exclusifs à court terme de la bourgeoisie allemande.

C’est pourquoi la gauche européenne et en premier chef la sociale démocratie doivent sans attendre imposer un bras de fer à la bourgeoisie allemande et à ses fondés de pouvoir que sot Sarkozy ou Berlusconi pour changer le cours de la construction européenne.

On ne peut souhaiter une Europe débarrassée de la tyrannie du libre-échangisme mondial, dotée des instruments de protections tel qu’un Tarif extérieur commun réactivé et accepter que la principale économie de l’Union soit à ce point insérée dans la division des échanges commerciaux de la mondialisation libérale. En l’état actuel l’Allemagne sera le premier adversaire en Europe des restrictions au libre échange au risque pour elle de voir fondre son exécedent commercial.

On ne peut souhaiter une Europe fonctionnant sur une autre stratégie que la Stratégie de Lisbonne et continuer à supporter que la première économie d’un pays membre de l’Union soit organisée autour de la compression des salaires, de l’allongement de la durée de l’âge du départ à la retraite et de l’absence de relance par le soutien de la consommation populaire.

Dans l’urgence, les 27 pays qui composent l’Union Européenne ont décidé de faire monétiser la dette publique des Etats par la BCE. C’est un premier pas mais qui restera vain si une impulsion radicalement nouvelle n’est pas fournie dans la construction du modèle économique européen fondé sur un nouveau modèle de partage des richesses au bénéfice des salariés européens.

Le Parti Socialiste français a un rôle déterminant à jouer. Parce qu’il est le parti du deuxième plus important pays de l’UE et parce qu’étant dans l’opposition il peut travailler à un programme de reconquête quand les autres socialistes au pouvoir en sont à se plier aux desideratas des marchés financiers et du FMI. Pour cela le PS doit aussi rechercher des convergences avec la gauche allemande pour l’amener à se sortir de l’ornière dans laquelle Schröder l’a acculée ces dernières années. Le PS doit assumer un changement de paradigme et ne pourra se contenter d’avoir à choisir entre le FMI à conscience sociale et le retour des emplois jeunes. Le PS porte une responsabilité importante pour contribuer à éviter que les peuples se détournent de leur avenir commun qu’est l’Europe et ne choisissent pas le repli nationaliste qui a toujours conduit à la guerre où l’on retrouve toujours à la fin les français, les anglais et les allemands.

 

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