Ca branle dans le manche !

Publié le par cherki

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Bien évidemment il est loisible de limiter le cinglant désaveu subi par Berlusconi lors des référendums de dimanche dernier à une rupture profonde intervenu avec le peuple italien concernant les frasques de sa gestion.

Bien évidemment on peut ne voir dans le mouvement des indignés espagnols qu’une simple réaction d’une population fragilisée par un chômage dépassant les 20% de la population active.

Bien évidemment on ne peut considérer le refus du peuple islandais de rembourser les banques étrangères qui l’ont acculé à la faillite que comme une seul péripétie insulaire.

Bien évidemment on ne peut voir dans les révolutions arabes que le seul réveil tant attendu d’une région sous la coupe jusqu’alors de régimes corrompus et répressifs.

Bien évidemment on ne peut voir dans la victoire de la gauche au Pérou qu’un ultime épisode de la poussée à gauche de l’Amérique Latine.

Bien évidemment enfin on ne peut voir dans les émeutes consécutives au mauvais traitement infligé à une petite marchande de Zengcheng dans le sud de la Chine qu’une éruption passagère de colère des travailleurs migrants chinois.

Bien évidemment…

Et pourtant…

Et pourtant comment ne pas être frappé de ce qu’expriment ces mobilisations et ces révoltes, au-delà de leurs particularités locales, nationales ou régionales.

Comment ne pas y voir le prolongement d’une onde de choc commencée dès la chute du mur de Berlin qui après avoir parcouru l’Europe de l’Est s’est momentanément brisée place Tienanmen pour ensuite reprendre son cours en Amérique Latine et percuter maintenant l’Europe et le monde Arabe.

Une onde de choc fait du rejet du népotisme, de la restriction des libertés et du refus du libéralisme économique.

Une onde de choc qui a commencé à se chercher un débouché politique après Seattle et au travers des forums sociaux mondiaux d’où émergea cette revendication : « Un autre monde est possible ».

Une revendication qui grandit à mesure que les consciences s’éveillent chaque jour un peu plus à l’aune de la faillite patentée d’un capitalisme libéral censé incarner la « fin de l’histoire » et dont la crise financière a démontré que c’était plutôt sa propre fin qui devait désormais être mise à l’ordre du jour.

Nous aurions tort de penser en France que nous sommes à l’abri de ce tsunami contestataire qui parcourt actuellement la planète au motif que nous aurions, il y plus de 220 ans, ouvert la voie avec notre grande Révolution.

Nous aurions tort de penser qu’en France les institutions césariennes de la Vème République et l’infantilisation de la vie politique qui en découle du fait de la centralité de l’élection présidentielle nous préserve, le moment venu, d’une contestation qui a aussi dans notre pays les mêmes raisons de prospérer.

Nous aurions tort de penser que les insupportables écarts de richesses, la destruction méthodique de l’Etat et de nos services publics, le chantage au remboursement de la dette, ne pousseront pas un jour nos concitoyens vers la recherche d’une radicalité qui ne serait devenue que le seul exutoire possible.

Bien évidemment, en ce moment et de plus en plus ça branle dans le manche.

Et c’est tant mieux !

 

Publié dans J'ai vu...

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