Allocution prononcée à l’occasion du Colloque organisé par l’association France Palestine Solidarité le 5 mai 2010

Publié le par cherki

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Mesdames, Messieurs,

 

Et, pour beaucoup parmi vous chers amis,

 

Je suis particulièrement ému d’ouvrir aujourd’hui ce colloque consacré à un des points les plus épineux qui empêche la résolution nécessaire, attendue et indispensable du conflit qui n’a que trop duré entre le peuple israélien et le peuple palestinien.

 

Emu parce que comme français, démocrate, humaniste et socialiste, je considère que la liberté des hommes doit être celle de tous les hommes,

 

Que chacune et chacun sur notre planète doit avoir le droit de pouvoir construire, individuellement et collectivement son destin.

 

Que la liberté des uns ne saurait se construire au détriment de la liberté des autres et que le droit à l’existence de l’un ne saurait se construire sur la négation du droit à l’existence de l’autre.

 

Cela peut vous paraître abstrait, désincarné et purement principiel.

 

Mais il faut partir des principes pour pouvoir concilier les antagonismes et parvenir à dégager des solutions communes et durables.

 

Je suis aussi ému comme personne avec ma propre histoire et ma singularité qui me rend peut-être plus attentif et plus proche des enjeux passionnels et passionnés qui rendent aujourd’hui compliqué mais encore plus indispensable, je le répète, la résolution de ce conflit.

 

N’étant que l’hôte et non l’organisateur de ce colloque, je me permettrai de vous exposer brièvement ma vision par trop imparfaite de l’appréhension des enjeux de ce conflit.

 

Sur cette terre deux peuples, deux nations ont le droit légitime à y vivre en paix dans deux Etats aux  frontières mutuellement et internationalement reconnues et garanties.

 

Or, aujourd’hui, seul un de ces deux peuples, le peuple Israélien, une seule nation, la nation Israélienne, dispose de son Etat.

 

Le peuple palestinien n’en finit pas de subir sa naqba.

 

Et pourtant, la communauté internationale a reconnu le droit au peuple et à la nation palestinienne de vivre dans un Etat.

 

Un Etat dont les frontières ont été esquissées en creux par la résolution de 1967 du Conseil de Sécurité de l’ONU exigeant le retrait des troupes d’occupation israéliennes de la Cisjordanie, de Gaza.

 

Aujourd’hui ce colloque ne traitera pas de l’ensemble de ces questions.

 

Il abordera la seule question de Jérusalem.

 

Question majeure et incontournable car Jérusalem est revendiquée comme capitale par les Israéliens et les Palestiniens.

 

Elle doit donc devenir dans le cadre d’un règlement négocié du conflit, la capitale de ces deux Etats.

 

Encore faut-il qu’elle puisse l’être dans les faits.

 

Et c’est là que l’entreprise de colonisation israélienne des quartiers palestiniens de Jérusalem avec l’approbation tacite ou officielle des pouvoirs publics israéliens constitue une menace durable pour le règlement négocié de ce conflit.

 

Et je le dis ici, au risque même de m’attirer en dehors de cette salle des foudres, je trouve que le comportement des pouvoirs publics israéliens est scandaleux et irresponsable.

 

Scandaleux comme toute politique du fait accompli, d’une politique fondée sur la force.

 

Irresponsable car elle ne fait que différer le règlement de la question en la rendant chaque jour plus problématique, plus difficile et en développant et en radicalisant les antagonismes là où, au contraire, il conviendrait d’ébaucher ensemble des solutions.

 

Je ne dis pas que les torts sont exclusivement du côté des israéliens.

 

Les palestiniens ont aussi leur part de responsabilité.

 

La direction politique du peuple palestinien, aujourd’hui des deux principaux mouvements, l’OLP et le Hamas, avec lesquels il convient de mener un dialogue ferme mais responsable,

 

La direction politique du peuple palestinien a parfois tergiversé,

 

Elle a surtout commis la faute de tomber dans le piège tendu de la revendication droit au retour.

 

Autant il est compréhensible de travailler à la reconnaissance symbolique et à des compensations de la naqba pour les palestiniens,

 

Autant il est irresponsable, dans l’état du débat public en Israël de croire que le droit au retour pourra être dans un proche avenir être mis effectivement en place.

 

Cela dépend de l’évolution de la société israélienne vers une société dont l’identité ne serait plus définie principiellement et exclusivement sur la centralité de l’identité juive.

 

C’est une question que seule la société israélienne pourra faire évoluer et qu’il n’appartient pas de lui imposer de l’extérieur.

 

Je ne dis pas que les palestiniens ont posé comme préalable le droit au retour effectif,

 

Je ne méconnais pas les pressions et les contradictions qui les animent.

 

Je dis seulement qu’ils offrent malheureusement une occasion au camp du refus qui s’est considérablement renforcé en Israël ces quinze dernières années de bloquer toute avancée positive vers la paix.

 

Quoi qu’il en soit aujourd’hui la responsabilité principale de l’enlisement du processus de paix revient aux pouvoirs publics israéliens.

 

Je ne dis pas cela pour stigmatiser mais pour dresser un cri d’alarme.

 

Israël n’a que trois possibilités.

 

La première de ces possibilités c’est la création d’un Etat binational. Elle est souhaitée par certains, en Israël, en Palestine.

 

Quel que soit l’intérêt que l’on peut éventuellement porter à cette proposition, elle n’est pas majoritaire loin s’en faut en Israël et elle fait aussi, à sa manière, l’impasse sur la revendication légitime des palestiniens au droit d’accéder à la dignité de sujet de la communauté internationale en tant que nation disposant d’un Etat qui lui soit propre.

 

La deuxième, est celle rêvée par l’extrême droite israélienne et qui consiste purement et simplement à expulser les palestiniens de la Cisjordanie au motif de la reconstitution d’Eretz Israël.

 

Cette solution qui passe par une forme d’épuration ethnique n’a heureusement pas les faveurs de la société israélienne, quoi que certains en disent, profondément attachée à la paix et à un règlement durable du conflit.

 

Cette solution provoquerait l’opposition de la communauté internationale, et déclencherait des réactions en chaîne dans la région dont on ne pourrait que légitimement redouter qu’elles débouchent sur un conflit sanglant et destructeur.

 

La troisième, c’est d’accepter les préceptes, les valeurs et les résolutions de la communauté internationale et de permettre, aux côtés de l’Etat d’Israël, l’édification d’un Etat palestinien viable.

 

Or, les pouvoirs publics israéliens mènent actuellement une non politique, qui par le grignotage méthodique du territoire palestinien au moyen de la colonisation aboutit à une impasse.

 

En effet, Israël a tort de croire qu’elle pourra réduire comme peau de chagrin le territoire du futur Etat palestinien.

 

Un Etat doit être viable d’une part et d’autre part la communauté internationale a déjà indirectement fixé les frontières de l’Etat palestinien dans la résolution 1967 du Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

Dés lors Israël a tort de penser que les palestiniens accepteront un Etat qui ne soit que l’addition de petits banthoustants que lui concéderait magnanimement Israël.

 

Israël a tort de penser que le temps joue pour elle.

 

Le temps ne joue pour personne, il joue contre tout le monde.

 

C’est pourquoi le temps est venu d’exercer une pression suffisante sur les pouvoirs publics israéliens pour les amener à changer de politique.

 

Une pression pacifique, menée par les forces démocratiques en Israël, en Palestine et partout dans le monde.

 

C’est pourquoi j’ai bien volontiers accepté d’accueillir ce colloque en mairie d’arrondissement.

 

Parce que les organisateurs prônent une mobilisation non violente et démocratique pour faire bouger les lignes.

 

D’ailleurs les lignes commencent à bouger.

 

Les Etats-Unis ne peuvent plus en rester au statu quo qui conduit dans les faits à accepter la politique du fait accompli israélien.

 

En Israël un camp de la paix sera inévitablement amener à se reconstituer et il faut encourager ce camp en Israël dont la consolidation est une des conditions essentielles de l’aboutissement d’un processus de paix.

 

Celles et ceux qui sont en responsabilité dans d’autres pays, et j’en fais partie, doivent reprendre la parole et contribuer à faire évoluer la situation.

 

Il est important qu’en France nous sortions nous aussi du statu quo où il est impossible de discuter sereinement de la question en raison de la chape de plomb qui est posée et du théorème fallacieux et inadmissible selon lequel questionner le bien fondé de la politique des gouvernements israéliens reviendrait à cautionner l’antisémitisme.

 

Je n’accepte pas ce chantage intolérable, comme tout chantage d’ailleurs.

 

Cela ne veut pas dire que je pense que l’antisémitisme ait disparu, loin de là.

 

Une chose est de combattre sans relâche l’antisémitisme qui, comme toute forme de racisme, mais aussi en raison de sa spécificité et du legs monstrueux de la shoah en Europe mérite une vigilance de tous les instants.

 

Mais dénoncer et combattre l’antisémitisme ne vaut pas et ne pourra jamais valoir blanc seing au gouvernement israélien.

 

De même que la question de la lutte contre le terrorisme ne doit pas être cet indéterminé qui empêche d’avancer vers la résolution du conflit.

 

Le point de vue ne pourra jamais être le même entre celui qui jette la bombe et celui qui la reçoit.

 

Que cette bombe soit l’œuvre d’un kamikaze manipulé ou non par des groupes politiques ou qu’elle soit jetée d’un avion ou tirée d’un tank d’une armée d’un pays reconnu par la communauté internationale.

 

C’est pourquoi la non violence est une condition impérative d’un combat progressiste vers la paix.

 

Parce que seule une action non violente permettra de mobiliser ensemble de larges masses en Palestine et en Israël.

 

Pour autant il serait faux de dire que la situation de l’Etat d’Israël serait menacée par l’action des groupes terroristes palestiniens.

 

La sécurité de civils israéliens l’est incontestablement mais non la sécurité de l’Etat d’Israël tant l’asymétrie des forces en présence est manifeste.

 

En outre, et à la différence des conflits coloniaux du siècle passé, la violence débouchera seulement sur l’engrenage de la violence et non sur le départ du colonisateur pour la seule raison de l’Existence de l’Etat d’Israël et du peuple israélien.

 

Enfin, si l’on veut faire redescendre l’engrenage de la violence, il faut offrir une perspective globale aux peuples israélien et palestinien pour détourner une grande part de celles et ceux qui par désespoir, puis par fanatisme sont conduits à basculer dans cet engrenage.

 

N’ayant déjà été que trop long dans ce qui ne se voulait qu’un bref mot d’accueil, je conclurai en remerciant les organisateurs de ce colloque d’essayer de nous éclairer sur l’objectivité des faits.

 

De le faire en ayant toujours à l’esprit que la force de la conviction ne doit jamais céder le pas à l’anathème.

 

Que l’exposé d’une situation et la dénonciation de l’inadmissible doivent toujours avoir pour objectif, par delà le nécessaire éveil des consciences, la volonté d’esquisser des solutions qui rassemblent.

 

 

 

Mon dernier mot sera pour formuler un souhait, un peu utopique j’en conviens, c’est le souhait que la prochaine fois que nous rencontrions ce soit pour nous féliciter des progrès enregistrés sur le chemin de la paix et déterminer l’étape nouvelle à construire avec et pour les peuples israélien et palestinien.

 

Je vous remercie et je vous souhaite un très bon colloque.

 

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