Allocution de Pascal CHERKI le 25 août 2010 à l'occasion de la commémoration de la libération de Paris

Publié le par cherki

 

paris-barricades

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le Président du Comité d’entente des Associations d’Anciens combattants et victimes de guerre,

Monsieur le Président du Souvenir français,

Messieurs les Présidents d’associations d’anciens combattants,

Madame, Messieurs les porte-drapeaux,

                                                                            Mesdames et Messieurs les anciens combattants,

                                                                            Mes chers concitoyens,

 Il y a soixante six ans, Paris se libérait grâce à l’insurrection de son peuple, de ses forces vives et avec le concours décisif des armées de la France Libre. 

Paris, qui n’était plus la capitale de la France depuis l’établissement du régime de fait, félon, raciste et antisémite et collaborationniste de Vichy. 

Le régime de fait de Vichy qui collabora activement à la déportation puis l’extermination de 75 000 juifs de France.

Le régime de fait de Vichy qui interna dans des camps spécialement créés à cet effet à partir de 1940 plusieurs milliers de tziganes de France.

Ces mêmes Roms de France qui, si ils échappèrent à l’Auschwitz Erlass du 16 décembre 1942 ayant ordonné l’extermination des tziganes présents sur le territoire du III ème Reich, ne virent pas moins plusieurs centaines des leurs déportés en Allemagne après avoir été lâchement livrés aux Allemands par les autorités françaises comme à Poitiers en 1943.

Paris allait enfin retrouver le 25 août 1944 sa place d’avant-garde d’une France qui attendait la libération de sa capitale historique depuis la défaite de juin 1940.  

Le peuple de Paris retrouvait ainsi toute sa place au sein d’une France qui se battait avec abnégation depuis ses colonies avec le concours décisif des armées de la France Libre, des armées alliées et d’une farouche et courageuse Résistance intérieure.

Cette France « éternelle », telle que l’a justement qualifiée le général de Gaulle, forte de ses principes républicains et démocratiques, refusait la lâcheté et le déshonneur de Pétain et des sbires de Vichy.    

Face à des Parisiens et à des Parisiennes souhaitant ardemment la libération de leur ville,

Se dressait une force d’occupation nazie de 20 000 hommes et de 80 chars, panzers ou tigres.

Devant le risque d’une libération retentissante et afin d’y fixer le maximum de divisions alliées, Adolf Hitler ordonna à son commandant Von Choltitz de faire de Paris un nouveau Stalingrad, de combattre jusqu’au dernier homme, de détruire ponts, monuments et immeubles.

Mais, face à l’inéluctabilité de la défaite nazie, Von Choltitz, gouverneur militaire depuis le 7 juin 1944, refusa d’obéir pour la première fois.

Lui qui avait appliqué avec zèle les ordres sanglants de Hitler en Pologne, en Hollande, en Belgique.

Lui qui avait participé, comme tant de soldats et officiers de la Werhmacht, à l’extermination des juifs lors de la campagne de Russie, 

N’appliqua pas les plans destructeurs de son Fürher.

 

Mais si Paris ne brûla pas, elle ne fut pas pour autant livrée par les nazis sans combats.  

Deux mois plus tôt, le 6 juin 1944, commençait par le débarquement de Normandie, la libération du territoire national par les forces alliées et les Forces Françaises de l’Intérieur.

Le 13 août, les travailleurs du Métro de Paris se soulèvent, donnant le signal du déclenchement d’une insurrection populaire d’envergure.

Le 18 août, la CGT et la CFTC dans un appel commun à la grève générale.

Celle-ci, massivement suivie, concerne tous les travailleurs parisiens et franciliens, de l’industrie aux services publics.

Partout dans Paris, des barricades sont dressées, entravant les mouvements des véhicules allemands.

Les forces allemandes d'occupation, épaulées par les vils membres de la Milice[][], sont attaquées et harcelées, notamment autour de la préfecture de police.

La résistance parisienne, commandée par Rol-Tanguy depuis son poste situé sous la place Denfert-Rochereau et par Chaban-Delmas, faiblement équipée, ne disposant pas de liaison radio avec l'extérieur, mais enthousiaste et courageuse, encercle les forces allemandes.

L'occupant se retrouve dans une position défensive, ce qui obligea les nazis à mettre en mouvement vers Paris une division SS pour renforcer l'armée allemande.

Le 19 août, sous la forme d’un cessez le feu, une courte trêve fut conclue.

Le temps pressait, les résistants parisiens étaient à court de munitions, Paris risquait alors de connaître un sort funeste.

Forçant la main à des Américains qui refusaient de voir la France retrouver son rang parmi les vainqueurs et craignant un ralentissement de la marché des alliés, le général Leclerc, avec l’accord du général de Gaulle, donnait l’ordre de marche aux éléments de reconnaissance de la 2ème DB conduit par le commandant Guillebon.

Face à la détermination de de Gaulle et à l’audace de Leclerc, Einsenhower se résolu à envoyer la 4ème division d’infanterie américaine en renfort.

En 2 jours et deux nuits d’incessants combats, la 2ème DB accomplissait 200 km dans un enthousiasme populaire indescriptible, contournant par le sud de Paris la défense allemande.

La vive résistance allemande était percée et le 24 août le capitaine Drone sous le commandement de Leclerc entrait dans Paris par la Porte d’Italie à la tête de la 9ème compagnie de la 2ème DB.

A 21h22 ce soir-là, la 9ème compagnie forte de 15 véhicules blindés se postait en renfort des FFI devant l’Hôtel de Ville, malgré la présence de 20 000 allemands équipés de panzers, détruits en pleine ville par les chars français.

Le 25 août 1944, la 2ème DB entrait dans Paris par la porte d’Orléans dans le 14ème arrondissement, par l’avenue nommée avec justesse aujourd’hui du nom du Général Leclerc.

Au même moment, la 4e division d'infanterie américaine entrait par la porte d'Italie, atteignait la rue de Rivoli, guidée par les résistants.

Après ces combats violents, l’état-major allemand était fait prisonnier par les Français.

L’acte de reddition des troupes nazies était effectué à la Gare Montparnasse entre les mains des représentants des vainqueurs Français, le Général Leclerc et Rol Tanguy.

Le même jour, Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, arrivait au ministère de la Guerre rue Saint-Dominique, puis fît à l'Hôtel de ville un discours devant une foule immense dont les paroles sont demeurées fameuses : « Paris outragé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ».

Face à la barbarie allemande nazie, Paris a payé un lourd tribut.

En quelques jours, 1500 soldats alliés, résistants et civils furent tués, 7000 furent blessés.

Tandis que 3200 allemands nazis furent tués et 12800 faits prisonniers,

Grâce à cette insurrection populaire parisienne, à l’action intense de la Résistance intérieure et des forces de l’armée française,

La France retrouvait son honneur et son prestige dans le concert des nations, et par là son indépendance nationale face à toute tutelle.

Les travailleurs parisiens, Français et immigrés ensemble, ont eu une part essentielle dans la libération de leur ville, bravant le danger pour mener grèves et sabotages.

A la tête de la résistance parisienne, se trouvait Rol Tanguy, à propos duquel je voudrais dire quelques mots.

Né en 1908, ouvrier métallurgiste dès l’âge de 14 ans, syndicaliste et militant communiste, Henry Tanguy est animé toute sa vie par ses idéaux d’émancipation et de progrès.

En 1937, il sert auprès des Brigades internationales aux cotés des combattants la République espagnole que les démocraties européennes avaient lâchement abandonné.

 En 1938 il est blessé sur le front de l’Ebre.

Démobilisé en août 1940 après avoir été cité à l'ordre du régiment d'Infanterie coloniale mixte sénégalais dans lequel il sert durant la bataille de France, il entre dans la clandestinité dès le 5 octobre 1940, alors que le gouvernement de fait de Vichy enclenchait la collaboration et mettait en place les législations anti-républicaines et antisémites.

Refusant le déshonneur et le désespoir général, cet antifasciste de conviction fonde l’Organisation spéciale aux côtés de ses camarades du Parti communiste, et devient responsable du secteur sud de Paris.

Avec notamment son camarade Raymond Losserand, illustre résistant du 14ème arrondissement, il organise les groupes armés de la région parisienne, fondus en février 1942 dans les FTP.

Malgré le péril, il organise notamment une manifestation de ménagères rue Daguerre, le 1er août 1942.

D'abord sous-chef de l'état-major, puis chef régional en mai 1944, il est en juin colonel chef de la région P1, qu'il baptise « Île-de-France ». C'est alors qu'il prend son dernier pseudonyme, Rol, nom d'un combattant des Brigades internationales, Théo Rol, tué en 1938 pendant la bataille de l'Ebre.

Il se consacre alors entièrement à la préparation de la libération de la capitale en liaison étroite avec le Comité d'action militaire du Conseil national de la Résistance, le COMAC et le délégué militaire national du Général de Gaulle, Jacques Chaban-Delmas.

Le 18 août 1944, jour de grève générale, Rol-Tanguy fait afficher l'ordre de mobilisation générale des Parisiens. Dès le lendemain, les barricades commencent à fleurir dans tous les arrondissements.

Le 20 août, l'état-major FFI est installé en sous-sol place Denfert-Rochereau et la préfecture de police est prise. Le colonel Rol-Tanguy organise dans les journées du 20 au 24 août, une manœuvre générale libérant les 9/10e de la capitale. Le 25 août, il reçoit avec le général Leclerc l’acte de reddition des forces allemandes.

Rol Tanguy, l’un des plus forts symboles de la Résistance,  s’alimente à de multiples références : les commissaires aux armées de la Révolution française, en premier lieu Saint-Just ; les épopées légendaires de la Révolution russe, notamment celle du général Tchapaïev ; l’expérience syndicale, décisive, qui a convaincu Tanguy qu’un responsable syndical doit toujours être à l’écoute des travailleurs ; les classiques du mouvement ouvrier et particulièrement les écrits de Lénine sur l’insurrection.

Menant son combat clandestin avec détermination mais sans dogmatisme, il fréquenta également les œuvres de Clausewitz et du maréchal Foch, considérés alors comme les grands experts de la stratégie militaire.

Ainsi, de ses luttes syndicales à la Résistance, de Barcelone à Paris, Rol Tanguy symbolise cette France de 1789, universaliste, républicaine, farouche partisane de la démocratie, des droits de l’homme et du progrès social.

Mesdames et Messieurs, n’oublions jamais le sacrifice de ces hommes et de ces femmes généreux, unis au-delà de leurs différences politiques par les valeurs éternelles de la République.

N’oublions pas leurs idéaux.

Il revient à nous de les défendre et de les faire fleurir face aux menaces du temps présent.

Vive la République !

Vive la France !

    

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Action municipale

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