Chien de garde ou idiot utile ?

Publié le par cherki

Nicolas Sarkozy propose la candidature de Dominique Strauss-Khan à la tête du FMI et la seule question qui agite le landernau est de savoir si il s’agit d’une manœuvre supplémentaire ou non du Président de la République pour déstabiliser le PS ! Plus incroyable encore le Premier Secrétaire du PS, François Hollande, va même jusqu’à se féliciter qu’un socialiste puisse éventuellement être le candidat de la France et de l’Europe à la tête du FMI déplorant seulement les conditions qui entourent la promotion de cette candidature. On croît rêver ! Et pourtant nous ne rêvons pas. Ce nouvel épisode traduit la profondeur de la déroute idéologique qui traverse le Parti Socialiste. A aucun moment la question est posée de savoir si il est légitime ou non qu’un socialiste aspire à diriger une des organisations les plus contestées du capitalisme financiarisé. Une organisation qui est responsable de l’exploitation de centaines de millions de travailleurs dans le monde entier. Une organisation qui a contribué à détruire la régulation publique dans des dizaines de pays dans le cadre d’une politique appelée « Consensus de Washington » qui obligeait les pays qui souhaitaient bénéficier de ses prêts à privatiser leur secteur public, à libéraliser leurs échanges commerciaux et à comprimer leurs dépenses sociales. Le FMI est directement responsable de la désindustrialisation sans précédent qu’a connue l’Amérique latine dans les années 80 et 90. Le FMI est responsable de la crise financière magistrale qu’ont connues plusieurs économies  d’Asie d’abord en les forçant à entrer dans la ronde pernicieuse de la libéralisation des mouvements de capitaux puis en les contraignant à adopter en pleine tourmente monétaire des politiques récessionnistes qui ont plongé des millions de leurs habitants dans la misère.

Dominique Strauss-Khan est candidat à la tête du FMI au moment où celui-ci connaît la plus grave crise de son histoire. La plupart des pays émergents cherchent à rembourser leurs prêts par anticipation pour échapper à la loi d’airain de ses recommandations libérales. Le Brésil de Lula et le Venezuela de Chavez on ainsi épongé leurs dettes et annoncés que dorénavant ils n’entendaient plus avoir recours à l’aide de cette institution. Il en résulte une crise majeure pour le FMI qui se finance principalement sur les intérêts et les commissions des emprunts qu’elle délivre aux pays qui y ont recours. Aussi, en 2006 le FMI affichait une perte. Curieuse ironie de l’histoire pour une institution qui n’a cessé de prôner le rigueur budgétaire chez les autres…Selon les propres prévisions du FMI ses ressources passeraient de 1,4 milliards de dollars en 2006 à 635 millions de dollars en 2009, soit une baisse de 56% par rapport à 2005 ! Cette crise financière se double d’une crise morale sans précédent puisque le nombre de démissions des économistes du FMI en 2005 a été de 45% plus important que la moyenne des démissions des trois précédentes années. En 2006 la tendance s'est confirmée. C’est pourquoi il y avait tout lieu de se réjouir face à la décrépitude annoncée du FMI qui devrait continuer à décliner faute de « clients » et de ressources financières. Et c’est à ce moment qu’un socialiste en la personne de Dominique Strauss-Khan est candidat à redorer le blason de cette organisation indispensable au bon fonctionnement de la finance mondialisée… Quel y sera le rôle de Dominique Strauss-Khan ? Chien de garde ou idiot utile, il a ce choix ! Et il n'aura que ce choix tant que les principaux pays qui financent le FMI n'auront pas accepté de remettre en cause la doctrine du "Consensus de Washington", la conditionnalité des prêts de cette institution et un nouveau partage du pouvoir laissant une place plus importante aux pays du sud. On se prépare donc à un changement de casting pour maintenir inchangée la ligne sauf quelques timides inflexions à la marge et en plus on la parera désormais d'une prétendue onction "progressiste" ou "sociale-démocrate".

Qu’un socialiste aspire à diriger cette institution en dit long sur la fuite en avant qui a gagné les rangs de certains de nos dirigeants. Après l’OMC où sévit avec de moins en moins de succès Pascal Lamy, voici maintenant venu le temps du FMI. A quand un socialiste à la tête de l’OTAN ? Décidément, il est grand temps pour le Parti Socialiste de faire sa refondation idéologique !

 ps : tous les chiffres sont extraits de l'ouvrage de Christian Chavagneux "Les dernières heures du libéralisme" éditions Perrin, 2007.

 

 

 

 

 

 

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Aiglon 02/08/2007 17:37

Et moi qui croyait que ce genre de prose était réservée aux communistes et aux trotskistes. Il y a donc des socialistes pour refuser de mettre les mains dans le cambouis sans rien tenter pour changer le système.
Dans nos statuts figurent des objectifs de transformation sociale et pour celà d'arrivée au pouvoir. Nulle part il n'est mis de conditions idéologiques à cette accession au pouvoir. Il ne me semble pas que Mitterrand ait attendu un changement de république avant de postuler au pouvoir.
Par contre il faudrait nous préciser où la référence et l'admiration pour les réalisations de Cuba figurent dans nos statuts. Pas plus que celle des USA j'en suis sûr.

A. 20/07/2007 12:57

sur le base ball, ça montre surtout que les joueurs cubains sont plus forts que les joueurs américains... lol
je sais bien que tu es adjoint au sport, m'enfin, le sport, c'est pas (seulement) politique (à moins d'être en Allemagne de l'Est en pleine guerre froide, mais c'est pas un bon modèle...) 

cherki 25/07/2007 15:41

Et l'humour, tu connais ?

Claire Strime 19/07/2007 10:49

Non certes, vous n'avez pas posé le débat sur l'éloignement de DSK, mais cela risque d'être la seule conséquence pratique (difficile de nier le rôle de certaines personnalités à certains endroits à certains moments). Car pour le reste cette candidature ne constitue pas 1 tournant (qui a eu lieu théoriquement au congrès de Rennes et pratiquement en 1997 avec l'abandon du ni-ni mitterrandien). On peut aussi rappeler l'abandon du concept de redistribution pour plus de justice sociale au moyen de l'impôt direct- le PS devenant en 2000 lui aussi un "parti des baisses d'impôts" (formule habituellement utilisée pour le parti libéral allemand FDP).
Peut-être peut il y avoir un débat d'ordre moral dans le sens où on a bâti sa carrière politique en sollicitant le soutien d'électeurs attachés aux acquis sociaux, au bien-être pour tous, ce qui est très loin d'être le souci du FMI?

cherki 25/07/2007 15:41

Heuresement que notre idéal socialiste ne se résume pas à ce que tu viens de dércire.

Claire Strime 18/07/2007 16:46

Bah, un "socialiste" à la tête du FMI, ça permettra d\\\'enterrer Keynes une fois de plus. D\\\'ailleurs depuis l\\\'année 2000, les socialistes français ont accepté et mis en oeuvre la baisse des impots sur le revenu, après avoir accepté quelques années avant les dogmes monétaristes, les critères de convergence, le refus du déficit pour relancer etc...
C\\\'est fini le modèle suédois et la redistribution!!! Pour contrecarrer la baisse du taux de profit, le Capital-mondialisé- n\\\'a plus besoin ou envie de béquilles. Le socialisme du 21ème siècle (au sens du mot donné par P.Leroux au XIXème) se construit en Amérique du Sud.
L\\\'éloignement de DSK permettra juste à quelqu\\\'un d\\\'autre de prendre les clés de la vieille maison.

cherki 18/07/2007 16:52

Je ne crois pas que le débat se résume à l'éloignement ou non de DSK.

Pierre Kanuty 16/07/2007 18:24

Cher Pascal, la question que tu soulèves est une vraie question politique et on peut prendre le temps d'y réfléchir plus profondément qu'en y voyant la confirmation de qu'on a toujours pensé : les masques tombent : entre la social-démocratie et l'ultralibéralisme, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Dans nos luttes, nous sommes passés de l'antimondialisation à l'altermondialisation. Nous sommes donc pour l'existence d'instances de régulation démocratique. Donc pour le FMI en soi, mais contre les politiques qu'il mène quand elles sont injustes. La politique, tu le sais mieux que d'autres, c'est aussi le rapport de force. Je suis désolé que le PS, le PSE ou l'IS n'aient jamais osé faire un débat avec Lamy sur le thème "un social-démocrate à l'OMC, une chance pour une mondialisation solidaire ?"Ce n'est pas de la naïveté, mais l'exploration des possibles. Si on avait les couilles de le faire, alors on serait de vrais socialistes et de vrais démocrates car sortis de la dénonciation, que proposons-nous comme alternative ?

cherki 18/07/2007 16:51

Pierre,
d'accord avec toi sur le fait que l'on aurait du organiser un débat sur l'utilité pour Lamy d'aller à la tête de l'OMC. Ce n'est pas une raison pour ériger cette absence de débat en jurisprudence. Je n'au jamais assimilé la sociale-démocratie à l'ultra libéralisme. Je dis et je redis qu'il est vain d'aller dans une organisation comme le FMI si ce n'est pas mié à changement des politiques (conditionnalité, consensus de Washington, mode de gouvernance) que nous avons collectivement dénoncé jusque là. Si on y va quand même on sera la caution ou la vigie d'une organisation dont nous contestons la ligne. On a donc tout à y perdre. C'est pourquoi le débat n'est pas pour ou contre le FMI en soi. Je suis pour une organisation de ce type mais sur une autre logique. Ceci dit je t'invite à réfléchir sur le fait que le FMI ayant été tellement responsable des politiques libérales ces 20 dernières années que les pays du sud essaient de lui substituer des organisation de type régionale. Cela devrait nous faire réfléchir ! Non ?