Allons enfants de la patrie...

Publié le par cherki

 

Régularisons les sans papiers !

Ségolène Royal a eu raison d’affirmer que les familles des enfants étrangers scolarisés en France devaient être régulariséess automatiquement. C’est une position raisonnable et généreuse. Raisonnable car la régularisation sur critères ne régle rien, provoque du contentieux et ne fait que des mécontents. C’est le problème du verre à moitié vide et à moitié plein. Généreuse car la France peut absorber 300 à 400 000 étrangers en situation irrégulière. Notre pays compte plus de 60 millions d’habitants et le taux d’étrangers dans la société française est stable depuis les années 30 autour de 7% de la population globale. Dès lors, et d’autant plus que les lois concernant l’entrée et le séjour des étrangers se sont durcies ces dernières années, il convient périodiquement de remettre les compteurs à zéro. C’est pourquoi la seule solution raisonnable apparaît de décréter au lendemain des élections présidentielles une régularisation générale de tous les sans papiers. Pour y parvenir il suffit de fixer deux critères simples : une présence d’au moins un an sur le territoire et une preuve de domicile. Ainsi, pour un temps on mettra fin à des situations humaines insupportables. Pour avoir comme avocat assisté à de nombreuses reprises des étrangers, j’ai vu les limites du processus de régularisation sur critères initié sous le gouvernement Jospin. C’est pourquoi la position de François Hollande est incompréhensible. Au lieu de soutenir la candidate dans sa proposition courageuse il a restreint la portée de sa proposition l’obligeant du coup à remettre le pied sur le frein. On voudrait faire douter nos électeurs que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Identité nationale, Nation et République

Il faut raison garder sur ce débat. Chacun a un rapport personnel à la France. Le mien en vaut un autre. Il est fait d’amour et d’énervement. D’ailleurs l’identité est une question complexe que l’on ne peut régler par des symboles ou des formules à l’emporte pièce. Personnellement je me sens parisien, français, méditerranéen, socialiste et citoyen du monde. Et c’est justement parce que l’on en m’a pas imposé de choisir exclusivement que j’ai pu vivre et je peux vivre positivement le fait d’être français. Rien n’est pire que la logique d’assignation exclusive. Cette logique enferme les individus. C’est la logique de Le Pen, celle de la préférence nationale. On peut aimer et défendre son pays, et c’est mon cas, sans être périodiquement sommé de justifier de son attachement au drapeau ou à la Marseillaise. Le vrai débat concerne la place des Etats et des Nations face au processus de dépossession qu’éprouvent les citoyens face à la mondialisation libérale. Cette dépossession est d’autant plus mal ressentie en France où la régulation s’est faite à travers l’Etat garant de l’égalité entre les citoyens. Egalité, voici le vrai symbole de la France. L’identité de la France c’est la République et celle de la République c’est l’égalité. Et, quand l’égalité n’est qu’une affirmation formelle dépourvue de tout contenu réel alors la République est en crise et avec elle notre pays. C’est pourquoi les Français sont attachés à la primauté de l’Etat. C’est pourquoi les Français sont attachés à la primauté des services publics. C’est pourquoi les Français et d’abord une majorité de gens de gauche ont massivement rejeté la Constitution Libérale Européenne. Rendre sa fierté aux français c’est commencer par défendre ses travailleurs contre les dégâts de la mondialisation libérale. Non pas contre les travailleurs des autres pays mais contre la dérégulation généralisée et la primauté accordée au capitalisme financier. Défendre les Français et les Européens c’est les protéger des distorsions de concurrence en réintroduisant un tarif extérieur douanier commun. Défendre les Français et les citoyens du monde c’est militer pour une taxation universelle des mouvements de capitaux et affecter le produit de cet impôt mondial à la réalisation des Objectifs du Millénaire décrétés par l’ONU. C’est en agissant ainsi que la France sera aimée des siens et des autres peuples. Qu’elle sera respectée parce qu’elle sera respectable ! Ce sont ces débats que nous devons porter avec ardeur dans cette campagne présidentielle. Car vous pourrez sinon agiter tous les drapeaux que vous voudrez, si nos usines sont vides, si nos travailleurs sont pauvres et malheureux, la Marseillaise ne sera chantée que par les nantis… et encore !

Publié dans Action militante

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Manu 28/03/2007 10:47

Pascal, promis juré, j'ai rédigé mon dernier article "Une certaine fébrilité dans le camp Royal" avant de lire ceci : que vous arrive-t-il ? reprenez-vous vite, le premier tour est proche maintenant, et ce n'est pas avec de telles couillonades, excuse-moi du terme, que vous rassurerez vos électeurs ! Même ici à Dunkerque, les socialistes s'inquiètent (CF nos connaissances "sportives" ... ).

cherki 29/03/2007 14:26

Je ne pense pas qu'il y ait de la frébilité dans le camp Royal pour reprendre ton expression. En revanche Sarkozy a du souci à se faire. De plus en plus de gens pensent, à juste titre, que son élection ferait entrer notre pays dans une guerre civile larvée. J'ai croisé hier des policiers de base avec qui j'ai eu une discussion édifiante. Ils sont excedés et démoralisés. Ils supportent trés mal ce fossé croissant avec la jeunesse et font le lien avec les provocations verbales "racaille", "karcher" accumulées par Sarkozy depuis 2002. En outre ils en ont marre de la culture du résultat qui pour faire gonfler les statistiques les conduit à mettre la pression sur les sans papiers et les jeunes au détriment des vrais missions de sécurité pour lesquelles ils se sont engagés dans la police. Sarkozy fait peur à une majorité croissante de français. Tu verras Manu dans quelques jours où se niche la fébrilité.
Amicalement.
Pascal.