Il n'y a pas de fatalité aux délocalisations !

Publié le par cherki

La question de la protection de l’emploi revient de manière lancinante dans la campagne présidentielle. C’est avec le pouvoir d’achat la question qui intéresse en priorité les françaises et les français. La recrudescence des délocalisations, les plans sociaux des entreprises qui font pourtant des profits records, autant de problèmes auxquels nos concitoyens attendent des réponses concrètes. Or, une question taboue plane sur cette élection, celle du protectionnisme économique. A chaque fois que l’on tente d’aborder la question de la défense de l’emploi en général et de l’emploi industriel en particulier on nous renvoie à la figure l’accusation de vouloir revenir au protectionnisme. La belle affaire ! Comme si l’alternative était entre le laisser faire du capitalisme financier et le protectionnisme version 19ème siècle ! Ceux qui refusent d’aborder sereinement ce débat sont dans une posture idéologique, celle de la défense de la primauté du capitalisme financier et du pouvoir des actionnaires. Or, pour les tenants de la remise en cause du libre-échange dont je fais partie, il ne saurait être question de revenir à la logique du protectionnisme du 19ème. A l’époque, il s’agissait de protéger des secteurs industriels naissants face à la concurrence internationale. Le débat se posait dans le cadre de l’Etat-Nation dans une alliance entre les gouvernements et leur bourgeoisie industrielle. Il opposait généralement l’industrie partisane d’une forme de protectionnisme et les capitalistes agricoles (céréales, coton etc…) partisans du libre échange. Cette dichotomie fût le moteur de la guerre de sécession américaine au milieu du 19ème entre un Sud agricole et libre-échangiste et un Nord industriel et protectionniste. L’enjeu du conflit se cristallisait souvent autour du montant des doits de douane. Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis considérèrent que le protectionnisme fût la cause majeure des deux conflits mondiaux. En conséquence ils décidèrent de réorganiser les relations commerciales mondiales sur un schéma différent en relativisant l’instrument douanier. Pour ce faire ils créèrent le GATT avec l’objectif d’amener progressivement les Etats Membres à faire disparaître les droits de douane entre eux. Ils accompagnèrent la création du GATT de la généralisation du mécanisme de la clause de la nation la plus favorisée. Mais surtout ils associèrent le débat sur la réduction progressive des droits de douane au développement de mécanismes d’accompagnement du développement économique mondial. A cette fin ils encouragèrent la création du FMI et de la Banque Mondiale dont les politiques n’étaient pas comme aujourd’hui tournées vers la libéralisation et les privatisations tout azimut mais vers le soutien à la croissance économique mondiale. Au sortir de la guerre l’appareil industriel de production américain avait fait un bond d’autant plus important que ceux de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre, du Japon et de la Chine étaient tout ou partie détruits. C’est pourquoi ils développèrent des programmes publics d’aide au redémarrage économique et au soutien à la consommation dans les pays occidentaux afin d’aider au relèvement rapide de ces pays et de donner un débouché rapide à leurs produits. Le plus connu d’entre ces programmes fût le Plan Marshall. Cette politique formait un ensemble d’autant plus cohérent que le pétrole était très bon marché et que les Etats-Unis garantissait la stabilité mondiale du change des monnaies par la convertibilité du dollar en or. Ce système a volé en éclat dans les années 70 pour plusieurs raisons. Le taux de profit a commencé à chuter dans les principaux pays industriels au milieu des années 60 car la coordination entre la hausse des salaires et des prix n’était plus assurée. La guerre du Vietnam combinée au redémarrage économique de l’Europe et à l’émergence du Japon et des nouveaux dragons asiatiques a contribué au creusement du déficit commercial américain et fait fondre les réserves en or de la Banque Centrale Américaine. Aussi en 1971, Nixon mit fin à la convertibilité du dollar en or et un nouveau système de change international vit le jour, celui du flottement généralisé des monnaies qui accentua la guerre commerciale mondiale. Enfin la décision des pays producteurs de pétrole regroupés au sein de l’OPEP de multiplier par 4 le prix du baril a fait entrer l’économie mondiale dans une nouvelle ère. Pour reconstituer leurs taux de profits, la plupart des entreprises se tournèrent vers la spéculation financière et commencèrent aussi à redéployer leur stratégie productive en lorgnant vers les pays à bas salaires. La baisse des coûts du transport international de marchandises et le basculement progressif de la Chine vers l’économie de marché crédibilisèrent cette stratégie. La déréglementation des marchés financiers couplé au développement des NTIC permis la constitution d’un marché financier mondial et globalisé qui exerce une pression croissante sur le capitalisme industriel. Aujourd’hui le capital est mondialisé, les fonds d’investissements et de pensions disposent d’une puissance de feu considérable et investissent dans des entreprises à taille mondiale. On assiste depuis plusieurs années à un écartement entre les impératifs du capitalisme actionnarial et ceux des Etats, des gouvernements et des peuples. Cette question a pris une importance encore plus remarquée depuis la transformation du GATT en OMC et la volonté affichée de faire disparaître l’ensemble des barrières douanières existantes. Si l’économie mondiale continue dans cette direction on assistera à des désastres économiques croissants dans de très nombreux pays qui seront placés devant l’alternative de baisser drastiquement le coût du travail (salaires, cotisations sociales, systèmes de protection sociale etc.) ou de voir les emplois quitter leur territoire par centaines de milliers. Nous sommes donc devant un véritable choix de société. Or, les solutions existent. D’ailleurs dans les années 70, les principaux pays industriels quoi l’ont voulu ont réussi à maintenir une production automobile nationale. En effet l’industrie automobile asiatique et plus particulièrement japonaise produisait des voitures bien moins chères que les voitures allemandes, américaines ou françaises et surtout produisait plus que leur marché national ne pouvait en absorber. Dés lors nous étions menacés d’une véritable invasion des voitures japonaises ou coréennes. Comment avons-nous réagi ? En développant des quotas d’importation. Ceci obligea les firmes étrangères qui souhaitèrent vendre sur nos marchés à venir produire sur nos marchés. Ainsi les constructeurs japonais durent se résoudre à implanter des usines aux Etats-Unis ou en Europe. Qui le regrette aujourd’hui ? C’est donc bien cette question qui est à nouveau à l’ordre du jour. D’autant plus que nous sommes confrontés à des entreprises transnationales qui ont désormais une stratégie mondiale. Voilà pourquoi il faut remettre la question d’un tarif extérieur commun douanier et des quotas d’importation à l’ordre du jour. Il faut relocaliser équitablement la production. Face aux délocalisations, vive la relocalisation ! Le concept est simple pour vendre dans une zone donnée il faut produire tout ou partie de la production dans cette zone. Ainsi si Nike souhaite vendre 30% de sa production de chaussures en Europe, elle doit au moins en produire 10, 15 ou 20% à défaut elle sera strictement contingentée dans ses possibilités de pénétration des marchés et fera l’objet de droits de douane très importants. Voici une manière moderne de concilier le développement économique et la défense de l’emploi. Encore faut-il accepter d’aller au combat politique contre les partisans du libre échange et de ne pas céder à leur terrorisme idéologique qui fait de toute velléité de défendre l’emploi un avatar du protectionnisme. Ségolène Royal aurait tout à gagner à s’aventurer sur ce terrain. Elle est sûre de ne pas y rencontrer Sarkozy ou Bayrou.

Publié dans Action militante

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