Autopsie du milieu !

Publié le par cherki

"Truands" raconte l’histoire du déclin et de la chute de Claude Corti, parrain de la pègre parisienne, au profit d’une bande dirigée par deux frères beurs. Ce film est un très bon film français servi par une excellente distribution où, entre autres, Philippe Caubere, Benoît Magimel et Béatrice Dalle sont remarquables chacun dans un registre différent. Mais la force principale de ce film réside dans son parti pris, celui de nous montrer le milieu tel qu’il est et non tel qu’il pourrait être idéalisé. Ici, pas de bandits romantiques, foin de Mandrin, de Cartouche ou de gangsters au grand cœur version Simonin ou Audiard. Les truands sont violents et leur seul objectif est l’accumulation d’argent dans le racket, la prostitution, la drogue. Dés qu’un truand est faible, il est en grand danger et la solidarité est réduite à sa plus simple expression, celle de la peur. Peur du caïd, peur des représailles. Les femmes sont des objets, soit de consommation personnelle soit de commerce. Il se dégage de cet univers une sécheresse dans les rapports interpersonnels qui confine à leur inexistence en ce qui concerne les relations entre les hommes et les femmes. Le réalisateur s’est attaché tout particulièrement à montrer pour ce qu’elle est la réalité du trafic des jeunes femmes des pays de l’Est vendues comme des esclaves modernes à destination des " consommateurs " occidentaux. Une des scènes les plus fortes de ce film se déroule au Monténégro où, sous la pluie, Hicham, le rival de Claude Corti, vient prendre livraison d’une cargaison de " chair fraîche " préalablement " éduquée " par des satrapes locaux dont on imagine qu’ils ont quelques années avant allégrement participé au nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie. Dans cet univers où le quotidien des truands se résume à la succession de lignes de coke, de parties de jambes en l’air avec des putes, des gueuletons dans les restaurants et des fusillades, on est frappé par le vide sidéral qui peuple la vie de ces pseudos matamores. Il y a deux grands absents dans ce film : les enfants et la police. Pour les premiers, c’est l’évidence même ; il n’y a pas de place pour l’affection dans la vie de ces truands. Pour la police, il s’agit évidemment du choix judicieux du réalisateur de s’attacher à ne montrer que les relations des truands entre eux. Ainsi est évité toute tentative de sympathiser indirectement avec les truands dans un conflit qui les opposeraient à la police et où ils tiendraient le rôle de l’élément subversif, faible et contestataire. Dans cet univers de truands les valeurs qui fondent normalement la vie en société : amour, confiance, loyauté, empathie, sont perverties et dénaturées. Même la religion est ravalée au rang de supplément d’âme pour des truands dont le matérialisme n’est adossé à aucun projet collectif émancipateur qui lui donnerait une certaine noblesse. La fin du film qui se traduit par la chute de Claude Corti est prévisible et ne suscite aucun ressentiment et n’annonce qu’un changement de règne en attendant le prochain. Truands est un film très violent dans l’image et dans les dialogues parce que ceux qu’il décrit sont violents. Une violence qui ne sombre jamais dans le voyeurisme et pour laquelle on ne peut éprouver ni attraction, ni fascination.

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