l'Histoire ne l'absoudra pas !

Publié le par cherki

Je venais d’avoir 7 ans quand, un 11 septembre 1973, le gouvernement démocratique de l’Unité Populaire chilienne a été renversé par un coup d’Etat militaire conduit par Augusto Pinochet. Je venais d’avoir 7 ans quand le Président socialiste Chilien, Salvador Allende, a été assassiné dans le palais présidentiel de la Moneda où, les armes à la main, il défendait la démocratie et l’espoir de millions de travailleurs chiliens. 7 ans c’est trop jeune pour se souvenir nettement. 7 ans c’est trop jeune pour posséder une conscience politique claire. Et pourtant, je me souviens des visages graves et attristés de mes parents. Je n’avais pas 34 ans, quand je fêtais à Santiago du Chili le passage à l’an 2000. C’était dans une maison toute simple. Il y avait de nombreuses personnes que je ne connaissais pas. Certains étaient restés au pays pendant la dictature. D’autres avaient pris la route de l’exil et revenaient pour la première fois dans leur pays. Ce fût joyeux et grave à la fois. Joyeux, comme le sont les réveillons de fin d’année et plus particulièrement celui de cette fin de 20ème siècle. Grave, car il flottait une atmosphère d’incommunicabilité entre des personnes séparées par 27 longues années. Pour tous, le temps s’était arrêté. Les exilés revenaient stupéfaits de voir leur pays profondément transformé, meurtri par la combinaison de la répression politico-militaire et l’ultra libéralisme qui fit régresser durablement une société chilienne si joyeuse, si assoiffé de culture auparavant. Ceux qui étaient restés au pays avaient du mal, tels les anciens déportés des camps de concentration nazis, à parler de ce qu’ils avaient subi. J’assistais au spectacle d’une génération totalement brisée et sacrifiée. Ce qui me frappait surtout c’était l’immense difficulté à aborder la période Pinochet. Comme si l’ombre sanglante de ce dictateur fantoche planait toujours au-dessus des têtes et des cœurs ! Heureusement depuis le Chili revit. Une femme socialiste est Présidente de la République. Certes, ce n’est pas le socialisme conquérant d’Allende mais un socialisme bien conformiste. Mais qu’importe ce qui compte c’est le mouvement en cours dans la société chilienne. Une société où la jeune génération, débarrassée des fantômes de ses aînés, ira de l’avant et reconstruira l’espoir. D’ailleurs ils ne s’en privent pas puisque le Chili a connu ces derniers mois une mobilisation sociale sans précédent de la jeunesse scolarisée qui a forcé le gouvernement socialiste à des concessions inimaginables il y a seulement quelques mois. Ainsi va la vie et c’est mieux ainsi. Pinochet est mort, Lula et Chavez ont été brillamment réélus. Tout un symbole pour un continent où l’espoir se conjugue à nouveau au présent. Pinochet est mort, paisiblement. Peu importe : L’Histoire ne l’absoudra pas !

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