Disjonctés !

Publié le par cherki

Le 18 janvier 2001 plus d’un million de californiens sont privés d’électricité en raison d’une coupure gigantesque de courant. Le 28 août 2003 une panne du réseau de transport d’électricité en Angleterre se transforme en un gigantesque chaos. A chaque fois le même diagnostic a été fait : C’est en raison de l’ouverture du marché et la privatisation des entreprises de production d’électricité que nous en étions arrivés là !

Aucune conséquence concrète n’en e été tirée. Pire même, la marche à la déréglementation du " marché " européen de l’électricité nous conduit aujourd’hui dans cette situation kafkaïenne où un simple arrêt temporaire d’une ligne à haute tension en Allemagne produit cette réaction en chaîne dans toute l’Europe où Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Autrichiens, Hollandais, Belges et Portugais ont été victimes de cette gigantesque coupure de courant. Bien sûr, on ne manquera pas de " techniciens " pour affirmer que ce n’est que la conséquence de l’interdépendance croissante des réseaux de production et de distribution de l’électricité qui peut expliquer cette nouvelle vulnérabilité. Bien sûr, on ne manquera pas " d’experts " pour gloser sur l’amélioration des systèmes de délestage censés nous prévenir à l’avenir des conséquences d’un nouvel " effet papillon " qui aura quand même privé d'électricité pendant plusieurs heures 5 millions de personnes en France dont 185 000 foyers parisiens. Néanmoins ces considérations ne devront pas manquer de nous faire réfléchir sur l’essentiel.

Et l’essentiel " C’est la fin d’un mythe : celui de la surcapacité électrique européenne. Depuis trente ans, l’Europe – et notamment la France – a vécu avec l’idée que les capacités de production étaient supérieures à la demande. C’était encore vrai voilà cinq à six ans. La marge se situait alors à prés de 20%. Mais, depuis, la consommation énergétique n’a cessé de croître- d’environ 3% par an – quand les outils de production, eux restaient les mêmes. Trop occupés à se racheter les uns les autres à coup de dizaines de milliards d’euros, les opérateurs électriques européens ont négligé d’investir dans les équipements. En France, par exemple, EDF n’a pas construit une seule centrale électrique depuis plus de quinze ans. La libéralisation des marchés a aussi encouragé les producteurs d’électricité à acquérir des parts de marché en Europe, tout en morcelant les responsabilités du fait de la séparation entre les activités de production, de transport et de distribution d’électricité. "

 

Cette analyse " gauchiste " est celle de Feryel Gadhoum, journaliste au Figaro en page 26 du supplément économie de l’édition du lundi 6 novembre 2006.

PS : L’Agence Internationale de l’Energie Atomique évalue à 1 600 milliards d’euros la somme qu’il faudrait investir dans l’Union Européenne pour y remplacer les centrales vétustes et développer de nouvelles capacités tant dans le gaz que l’électricité pour les 20 ans à venir. Une somme incompatible avec la rémunération des actionnaires appelés à diriger les futures entreprises privatisées du secteur. Comme quoi là aussi la marchandisation est incompatible avec l’efficacité économique, la sécurité et le libre accès à tous du bien produit.

Publié dans Carton rouge à

Commenter cet article