Faiblesse royale !

Publié le par cherki

La vie des têtes couronnées a de nombreux adeptes. Toute une presse spécialisée lui est consacrée, quand ce n’est pas la presse généraliste qui s’en mêle parfois. De temps en temps un film traite du sujet. Je ne lis jamais ces magazines ni ne vois en général ce genre de film. La monarchie ne m’intéresse pas. La question est réglée dans mon pays depuis la Révolution Française. Pourtant j’ai vu le dernier film de Stephen Frears, The Queen et je vous encourage vivement à aller le voir. Le film raconte la période couvant le décès de Madame Diana Spencer jusqu’à son enterrement et où la monarchie anglaise a vacillé. La monarchie anglaise a vacillé parce que, enfermée dans le rigorisme de ses traditions et dans la rationalité conservatrice qui forment le prisme à travers laquelle elle regarde le monde, elle n’a pas perçu l’émotion hystérique qui avait saisi une partie de la population britannique à l’annonce de la mort accidentelle de Lady Diana. Elisabeth II n’a pas perçu que, lassés de la figure autoritaire, guerrière et ultra-libérale de Margaret Thatcher, beaucoup d'anglais s'étaient identifiés à la figure de victime, épouse délaissée et traquée par l’establishment et les médias, qu’incarnait Lady Diana. " La princesse du peuple " comme l’avait opportunément dénommée Tony Blair, entré en fonction peu de temps avant. Il est certes paradoxal que Lady Diana ait incarné à ce point la victime dans une société qui n’en manquait pourtant pas, salariés mal payés, chômeurs ou autres figures d’une Angleterre ravagée par 18 ans de thatchérisme avant de continuer à l’être par bientôt 10 ans de blairisme. Celles dont Ken Loach nous parle si bien dans plusieurs de ses films. Mais c’est ainsi, dans une société où le discours dominant fait disparaître les repères idéologiques et où beaucoup, notamment à gauche, avaient démissionné. Jonathan Coe en parle très bien dans deux de ses livres " Testament à l’anglaise " et " Le cercle fermé ". Mais la vraie prouesse du film demeure à mes yeux la performance extraordinaire de l’actrice qui tient le rôle de la reine, Helen Mirren. Tout son jeu d’actrice est fondé sur une économie de gestes et de paroles dont le propos réussi est de nous faire percevoir progressivement l’intensité du conflit intérieur qui l’habite. Le conflit d’une personne, fût-elle reine, qui refuse de céder à une pression qu’elle ressent comme illégitime et qui de ce fait attente à son intégrité. Et on en vient presque à préférer la vieille reine ballottée dans une société où la modernité se résume uniquement à imposer la mise à nu non consentie des émotions personnelles. Je dis presque par ce qu’au fond ce qui leur arrive, on s’en fout, non ?

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