Supplément d'âme !

Publié le par cherki

La littérature française actuelle m'exaspère. D'ailleurs je ne la lis presque plus. Non pas par un certain snobisme qui me ferait par principe préférer la littérature étrangère mais tout simplement par désintérêt. Je trouve la plupart de la littérature française narcissique, creuse, morte, à la lumière du débat intellectuel qui agite nos prétendues élites intellectuelles parisiennes. Les états d'âme de BHL, Beigbeder, Sollers, Angot ou consorts sont d'une platitude affligeante. Ils constituent, pour paraphraser Beigbeder, l'écriture de gens sans problèmes qui parlent de gens sans problèmes. D'habitude les individus qui souhaitent parler de leurs problèmes de libido vont chez le psy et ils paient. Là, au contraire, ils écrivent et nous devrions en plus payer pour les lire. Même si cela ne coûte pas plus de 20 euros c'est quand même insupportable. Il existe heureusement de merveilleuses exceptions. "Supplément au roman national" de Jean Eric Boulin est un très beau et très fort premier roman. Jean Eric Boulin parle des gens ordinaires, ceux qui vivent le plus souvent en banlieue, ceux qui gagnent très mal leur vie ou sont au chômage ou sont au RMI. Il parle des "invisibles" comme ils les qualifient. Invisibles parce que justement les auteurs "officiels" auxquels je faisais référence précédemment n'en parlent jamais. Parmi eux Jean Eric Boulin s'attache surtout aux jeunes "invisibles" à travers deux figures dont l'une d'un jeune beur. Les héros sont constamment sur une ligne de crête pouvant à tout moment basculer de la révolte à la violence. C'est dur comme la société dans laquelle ils tentent de survivre. C'est aussi le récit des espérances trahies, des promesses non tenues. Ce livre bien écrit, même si parfois il y a de grandes facilités, parle justement et avec inquiétude d'une société en pleine décomposition et de son nouveau prolétariat. Au milieu un chapitre de plusieurs dizaines de pages est consacré à François Hollande. Un chapitre féroce mais non dénué d'humour. "Supplément au roman national" appartient à ce que l'on nomme parfois la littérature sociale en ce qu'elle émane d'un écrivain en empathie avec le sujet qu'il traite à l'opposé de la commisération méprisante des écrivaillons ayant raté leur vocation de dames ou d'hommes de charité. Ce livre qui, je l'espère, en appellera vite d'autres est fascinant comme un tableau de Courbet.

Publié dans J'ai lu...

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july 20/10/2006 20:38

désolée de vous contrarier, mais Beigbéder, j'aime bien, les autres sont trop intello (pour moi)et effectivement ils se servent de l'écriture comme d'une psychanalise, mais le blog, genre psy...c'est pas mal non plus...sourires...