Nous ne sommes pas sortis de l'auberge !

Publié le par cherki

Comme beaucoup de militants de mon parti, le Parti Socialiste, j'ai regardé le premier des débats télévisés entre nos trois candidats à l'investiture présidentielle. N'étant pas un adepte de la langue de bois je vous le dis simplement j'ai trouvé ce débat affligeant et je crains que si nous persévérions sur cette pente nous n'organisions les conditions d'une déconvenue majeure lors de l'élection présidentielle. Certes la forme très encadrée du débat ne favorisait pas la discussion des points de vue différents entre les candidats mais, au-delà de ces questions de forme, c'est le fond qui posait problème. Seul Laurent Fabius a essayé de ramener le débat sur les questions fondamentales, Europe, hausse du SMIC etc. Laurent Fabius est le seul qui se situait dans la matrice de la gauche abordant les questions qui concernent les millions de salariés victimes de la mondialisation libérale. Dominique Strauss-Khan nous a servi une aimable dissertation sur un monde qui n'existe pas, celui où les gentils patrons signent des gentils accords avec de gentils syndicats sous l'œil bienveillant d'un gentil gouvernement. Ségolène Royal était ailleurs. J'avais l'impression qu'elle ferait une excellente ministre du développement durable ou du cadre de vie. Par contre, quand elle abordait les questions économiquement importantes elle ne pouvait se départir de généralités quand elle ne mettait pas en avant des concepts importés de la troisième voie blairiste : "l'employabilité" et la régionalisation des aides économiques. Bien évidemment notre parti se félicitera de la "haute tenue" des débats. Bien évidemment on se gaussera sur la réussite de l'exercice. Mais finalement je crains que bon nombre de nos électrices et nos électeurs ne finissent par se dire : Tout ça pour ça ! Très bien me direz-vous, mais que proposez-vous d'autre? En effet, c'est une bonne question. Ayant refusé d'entrer dans la sarabande des comités de soutien, je me sens un peu décalé par rapport à cette bataille de personnes même si le 16 novembre je voterai. Alors en attendant, j'essaie d'être utile en vous indiquant ce que je crois être les 4 questions qui domineront l'élection présidentielle.

1) Le pouvoir d'achat

Si le candidat socialiste n'apporte pas de réponses fortes à la dégradation du pouvoir d'achat, il ne sera pas entendu. Laurent Fabius a mille fois raison de marteler cette question. Ceux qui brocardent sa proposition d'augmenter tout de suite le smic de 100 euros ou de porter le minimum des retraites à 85% du SMIC sont ceux qui n'ont pas à faire leurs courses chez Leader Price ou chez Lidl. Les prix ont très fortement augmenté depuis le passage à l'euro, la hausse des salaires n'a pas suivi la hausse des prix et cela a entraîné une dégradation massive des conditions de vie de millions de nos concitoyens. En revanche la seule augmentation de 100 euros du SMIC ne sera pas suffisante pour restaurer le pouvoir d'achat perdu et notre candidat devra fixer un objectif plus ambitieux à moyen terme concernant la répartition des richesses en indiquant les voies et les moyens pour y parvenir.

2) L'emploi

Il ne se passe pas une semaine sans qu'une fermeture d'usine ne soit annoncée. Ce n'est pas une fatalité mais une simple conséquence de la généralisation du libre-échange à l'échelle du monde. Aujourd'hui la France n'est pas en mesure de lutter contre des pays ayant des écarts salariaux allant de 1 pour 20 à 1 pour 40. L'augmentation de la productivité ne suffira pas. D’ailleurs la France est un des pays où la productivité horaire des salariés est parmi la plus forte au monde. Dés lors il n'y a que deux possibilités : soit nous aligner à la baisse, soit nous protéger pour rétablir les termes d'un échange commercial équitable. L'Europe s'est construite sur le principe d'un marché où les barrières douanières internes étaient progressivement abolies entre les pays la composant. Il sera très difficile de revenir en arrière. Néanmoins il faut réduire les écarts entre les pays de l'Union Européenne qui n'étaient pas aussi importants au moment des débuts de la construction européenne. C'est pourquoi nous devons porter une autre exigence européenne fondée sur l'harmonisation progressive des systèmes sociaux, la remise en cause de la seule lutte contre l'inflation comme mission allouée à la Banque Centrale Européenne et l'augmentation substantielle du budget européen permettant de financer les investissements de demain et donnant la possibilité aux pays nous ayant récemment rejoint de se mettre progressivement à notre niveau. Enfin, et c'est tout aussi important, l'Europe doit cesser d'être ouverte aux quatre vents de la mondialisation libérale. Nous devons rejeter les règles du libre-échange de l'OMC et revenir à des négociations équilibrées entre zones commerciales régionales. Cela passe par l'instauration d'un Tarif Extérieur Commun substantiel et celle de quotas vis à vis des importations de produits hors zone européenne. Si nous ne protégeons pas notre industrie nous assisterons à sa disparition. La France et l'Europe méritent un autre destin industriel que celui de l'Angleterre après le passage de Thatcher et Blair.

3) Sortir de l'affrontement entre les jeunes et la police dans nos banlieues

Quand est-ce que nous aurons enfin le courage d'affirmer que la politique de la droite en matière de sécurité nous conduit dans une impasse grave ! Nous manquons cruellement de policiers dans nos banlieues. Mais la police dont nous avons besoin doit être une police de proximité, insérée dans la population et les quartiers et qui travaille avec et non contre la population. Au lieu de cela nous avons actuellement une police déconnectée qui est cantonnée à de grandes opérations plus ou moins médiatisées de maintien de l'ordre qui sont de plus en plus inefficaces et qui nous conduisent tout droit vers un affrontement grave. Si nous ne sommes pas extrêmement clairs sur cette question nous renforcerons la conviction que désormais il faut passer à un stade supérieur de la répression et du retour à l'ordre.

4) Redonner une utilité à la démocratie

Aujourd'hui le sentiment qui domine c'est que voter ne sert à rien puisque ceux qui gouvernent ne tiennent pas compte de notre vote. Il faut restaurer le sens de la responsabilité politique. Le projet des socialistes comporte des avancées majeures en matière institutionnelle qui méritent d'être défendues par les trois candidats. La République parlementaire nouvelle que nous proposons dans notre projet doit être assumée par tous alors que seul Laurent Fabius la défend.

Voici, à mon humble avis, les quatre questions qui seront au centre des débats de l'élection présidentielle. Si, sur ces quatre questions, les socialistes ne sont pas en mesure d'être une alternative à la droite alors la droite et l'extrême droite nous taillerons des croupières lors des élections car beaucoup des nôtres, une fois encore, s'abstiendront.

 

Publié dans Action militante

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Etienne 23/10/2006 15:41

alors les cartons jaune et rouge !!!? A qui tu les distribues ? 

july 20/10/2006 20:34

effectivement j'ai trouvé ce "faux débat" catastrophique pour la gauche, quel que soit le candidat. je pense que c'est perdu d'avance au mieux la gauche fera 48%...ça manque de convictions, de punch, c'est très facile pour les politiquesde parler des "pauvres" quand on sait que demain on aura de quoi vivre ! et non de survivre. Que de promesses qui ne verront jamais le jour...