N...le petit !

Publié le par cherki

A toutes celles et tous ceux que la cérémonie apologétique à 400 000 euros de Nicolas Sarkozy à Versailles a profondément choqué et dont je fais partie, je leur adresse ces quelques lignes extraites du magnifique pamphlet de Victor Hugo « Napoléon le Petit »  à l’encontre de Louis-Napoléon Bonaparte dit Napoléon III. Toute ressemblance avec un chef d’Etat contemporain serait fortuite…

 

« Il est temps que la conscience humaine se réveille…A l’heure qu’il est que tous ceux qui portent une robe, une écharpe ou un uniforme, que tous ceux qui servent cet homme le sachent, s’ils se croient les agents d’un pouvoir, qu’ils se détrompent. Ils sont les camarades d’un pirate… Et que tous ceux qui, propriétaires, serrent la main d’un magistrat ; banquiers, fêtent un général ; paysans, saluent un gendarme ; que tous ceux qui ne s’éloignent pas de l’hôtel où est le ministre, de la maison où est le préfet, comme d’un lazaret ; que tous ceux qui, simples citoyens, non fonctionnaires, vont aux bals et aux banquets de Louis Bonaparte et ne voient pas que le drapeau noir est sur l’Elysée, que tous ceux-là sachent également, ce genre d’opprobre est contagieux ; s’ils échappent à la complicité matérielle, ils n’échappent pas à la complicité morale… Ce n’est pas un idiot. C’est tout simplement un homme d’un autre temps que le nôtre... Il y a en lui du moyen âge et du Bas-Empire…Seulement il oublie ou il ignore qu’au temps où nous sommes , ses actions auront à traverser ces grandes effluves de moralité humaine dégagées par nos trois siècles lettrés et par la révolution française, et que, dans ce milieu, ses actions prendront leur vraie figure et apparaîtront ce qu’elles sont, hideuses… Ajoutons que, comme le premier, celui-ci veut aussi être empereur. Mais ce qui calme un peu les comparaisons, c’est qu’il y a peut-être quelque différence entre conquérir l’empire et le filouter… Dans ses entreprises il a besoin d’aides et de collaborateurs ; il lui faut ce qu’il appelle lui-même des « hommes ». Diogène les cherchaient tenant une lanterne, lui il les cherchent un billet de banque à la main. Il les trouve… Il a désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte… Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je gouvernée ? possédée souverainement !... Ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ? d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme a fait à cette nation ! Quoi ! il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ! Quoi ! il dit : il n’y a que moi ! Quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait souffleter un homme, on peut souffleter le peuple !... De toute agglomération d’hommes, de toute cité, de toute nation, il se dégage fatalement une force collective. Mettez cette force collective au service de la liberté, faites-là régir par le suffrage universel, la cité devient commune, la nation devient république... Vous savez bien, cette nation des nations, ce peuple du 14 juillet, ce peuple du 10 août, ce peuple de 1830, ce peuple de 1848, cette race de géants qui rasait des bastilles, cette race d’hommes dont le visage éclairait, cette patrie du genre humain qui produisait les héros et les penseurs, ces autres héros, qui faisait, toutes les révolutions et enfantait tous les enfantements, cette France dont le nom voulait dire liberté, cette espèce d’âme du monde qui rayonnait en Europe, cette lumière eh bien ! quelqu’un a marché dessus et l’a éteinte… Les mots indépendance, progrès, orgueil populaire, fierté nationale, grandeur française, on ne peut plus les prononcer en France… »

Publié dans Carton rouge à

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