Maison commune ou astre mort !

Publié le par cherki

Ayons le courage d’affronter la vérité des résultats, le Parti Socialiste a subi un important et significatif revers lors de ces élections européennes, alors que le rapport gauche/droite reste stable dans le pays. La comparaison avec le scrutin de 2004 est sans appel, les socialistes ont perdu 2,1 millions de voix. 1,5 million de ces voix se sont portés sur les listes  Cohn-Bendit et 600 000 voix sur les listes d’Extrême Gauche. Et pourtant, la droite n’a jamais aussi peu fait campagne sur ses thèmes. Oublié l’assistanat, maintenant la priorité est aux stabilisateurs sociaux. Oubliés le pacte de stabilité, priorité à la régulation. Comment expliquer alors que dans un tel contexte nous ayons dans toute l’Europe subi une telle raclée ? Tout simplement parce que la social-démocratie s’est progressivement et lentement mise hors-jeu. Cette défaite est d’abord celle d’une orientation qui a partout fait la preuve de son échec. Au Royaume-Uni, le blairisme présenté encore il y a quelques années comme le parangon de la modernité a atteint le score historiquement bas de 14,5% apparaissant comme un parti corrompu, stupidement aligné sur les américains et déliquescent à l’image de la finance dont il avait prétendu faire le modèle de sa croissance économique. En Allemagne, le SPD chute historiquement à 20% et paie ainsi sa participation à un gouvernement d’union nationale avec la CDU qui a conduit les électeurs à préférer l’original conservateur à la copie sociale-conservatrice. Partout, à l’exception de la Grèce et du Danemark, la social-démocratie recule et chute lourdement. La France ne fait pas exception. Nous avons nous-même donné les verges pour nous faire battre en nous arque boutant sur un PSE à la dérive et en agitant comme seul viatique un Manifesto dont personne dans notre électorat n’avait rien à faire. Cerise sur le gâteau nous avons axé toute notre campagne autour de l’alternative à Barroso, ce qui est juste en soi, mais sans vérifier que tous nos partenaires du PSE était sur la même longueur d’onde. En conséquence, dés le début de la campagne nous nous sommes désarmés politiquement. Alors que notre électorat attendait que l’on lui parle lutte contre les licenciements boursiers, lutte contre le libre-échange généralisé, salaire minimum européen, croissance durable, défense et promotion des services publics, nous avons mené une campagne désincarnée.

L’autre leçon de ce scrutin c’est l’aspiration au rassemblement. Toutes les listes qui ont incarné un rassemblement ont vu leur score plus ou moins progresser. C’est le cas d’Europe Ecologie qui a su donner un souffle et une dimension nouvelle en fédérant des personnalités fortes comme Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bove, trois lutteurs qui, chacun à sa manière incarnent une forme de contestation du système. C’est le cas du Front de Gauche qui a su dépasser les frontières traditionnelles de l’influence communiste. C’est aussi le cas de l’UMP qui a su mettre son camp en ordre marche. En revanche, les listes qui incarnaient un repli sur elle-même comme le MODEM, le NPA et le PS ont été sanctionné par l’électorat. En ce qui concerne le MODEM, il y a tout lieu de s’en réjouir. Ainsi contrairement à ce que certains pensaient et pensent encore au PS ou chez les Verts, l’avenir n’est pas dans l’alliance avec le MODEM. L’avenir de la gauche, c’est un rassemblement qui inclut toute la gauche du NPA au PRG. Après libre à chacun de dire si oui ou non il souhaite en faire partie. L’avenir de la gauche c’est de commencer à bâtir cette maison commune riche de toutes les sensibilités de la gauche, socialiste, communiste, écologiste, anticapitaliste, républicaine. Une maison commune qui ne soit pas l’adjonction de chacune de ces sensibilités mais leur dépassement dans une dynamique porteuse d’un programme nouveau et collectif, débouchant sur des listes communes.

Face à la cirse sans précédent de l’économie capitaliste, il n’y a pas d’autre choix à gauche que celui du dépassement de nos chapelles dans un rassemblement nouveau. Une course de vitesse est engagée face à la droite extrême et libérale. Il nous appartient d’y répondre sinon la gauche ressemblera à ces étoiles qui réfléchissent encore une lumière qui continue de nous parvenir alors qu’en fait elles sont mortes depuis bien longtemps.

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