Adieu Pierre !

Publié le par cherki

J’apprends ce matin avec une immense tristesse le décès de Pierre Castagnou. Je connaissais Pierre depuis plus de 25 ans. La première fois que je l’avais rencontré, c’était à l’occasion d’une réunion d’appartement organisée par des militants socialistes, rue du Commandant René Mouchotte en 1983 à la suite d’une agression survenue dans un parking. L’émotion était palpable. Nous étions mal à l’aise, un besoin de sécurité s’exprimait et submergeait la réunion. Pierre prit la parole une seule fois. Il exprima de manière très humaine sa compassion et sa solidarité envers la victime et nous invita à la fois à prendre au sérieux cette inquiétude et en même temps à ne pas sombrer dans une dérive sécuritaire. Il le fit avec des mots simples qui ramenèrent le calme et la concorde dans la réunion. C’était ma première rencontre avec lui. Il me fit forte impression. Pierre était un homme de fidélité, d’une fidélité paisible mais qui n’excluait jamais la détermination. Pierre était fidèle à la gauche et aux socialistes, sa famille politique. Une gauche qu’il souhaitait humaniste et sociale. Souvent je l’entendais m’exprimer ses interrogations et ses désaccords devant ce qu’il appelait un manque de courage de notre famille politique envers les travailleurs immigrés. Alors qu’il était déjà très diminué par sa terrible maladie, il avait tenu à être présent lors d’une cérémonie de parrainage de sans-papiers qui se tenait à la mairie du 14ème arrondissement, sa mairie. Sa fidélité allait aussi à hommes et aux femmes avec les quels il militait. Sa rencontre avec François Mitterrand fût un moment décisif de sa vie politique. Il en parlait avec fierté mais, comme à chaque fois qu’il parlait de lui-même, sans jamais chercher à se mettre en avant. Sa fidélité aux êtres humains se doublait d’une délicatesse et d’une attention de chaque instant dans les moments de joie ou d’affliction. Sa fidélité allait enfin et surtout à son quatorzième arrondissement et à sa population. Pendant près de trente années il en a arpenté les rues et allé constamment à la rencontre de la population. Comme élu d’opposition puis depuis 2001 comme Maire de l’arrondissement. Parmi les très nombreux souvenirs communs, j’en retiens un qui à mes yeux caractérisait bien le personnage. Nous nous promenions Porte de Vanves à l’endroit où s’élève désormais la couverture de ce tronçon du boulevard Périphérique. Pierre me dit : « si je suis Maire, je me battrais de toutes mes forces pour faire couvrir le périphérique, on n’a pas le droit de laisser des gens vivre comme ça ». Il parlait des habitants des immeubles dont la fenêtre donnait immédiatement dessus. Pierre a été élu Maire et la couverture a été réalisée. Aujourd’hui, comme la population du 14ème arrondissement, je me sens orphelin. Les habitants de notre 14ème perdent leur bon Maire. Je perds un ami qui m’ a tant appris et aux côtés duquel j’ai passé 25 belles années à militer. Adieu Pierre !

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