Non à la pwofitasyon, oui à la décolonisation économique et sociale !

Publié le par cherki

Les travailleurs guadeloupéens regroupés dans le collectif LKP, dont la figure de proue est Elie Domota le dirigeant de l’UGTG, ont raison de ne pas baisser la garde et de d’essayer d’obliger le gouvernement à tenir ses engagements. Alors que nous étions prêts d’une sortie de crise, François Fillon, par la crainte d’une extension à la métropole, a bloqué l’accord qui semblait se dessiner sur le financement de la hausse des salaires dans l’île. Désormais le gouvernement souhaite faire plier le mouvement populaire des travailleurs guadeloupéens. Il est du devoir de tout socialiste et de tout homme et femme de progrès de manifester, dans ce moment décisif de la lutte, notre totale solidarité avec le combat légitime des travailleurs antillais. Au-delà de ce soutien, il convient désormais de poser la seule question qui vaille, celle de la transformation des rapports sociaux dans les DOM-TOM. A ce jour seul un dirigeant socialiste, Benoît Hamon, a eu le courage d’appeler à la nécessaire « décolonisation économique » de la Guadeloupe. Il a raison. Se font ainsi face d’un côté un patronat et des élites blanches et de l’autre la masse des travailleurs noirs. Les classes dirigeantes blanches des Antilles françaises tiennent l’ensemble des leviers économiques depuis toujours. Cet état de fait crée un véritable apartheid économique et social en Guadeloupe et en Martinique. Le fait que la majorité du personnel politique, socialistes compris, soit noir, n’a rien changé à la situation. D’autant que ce patronat Béké a structuré des monopoles privés dans la quasi-totalité des secteurs économiques qui lui assurent une rente de situation coloniale au détriment de la majorité de la population noire. Il n’est donc pas anodin que la mobilisation ait à ce point mis en lumière le fonctionnement compradorien du secteur de la distribution et des compagnies pétrolières. Aussi, si le gouvernement souhaite assurer un retour durable de la paix sociale dans l’île il doit y engager la décolonisation économique. Seul l’Etat a le pouvoir de la faire en s’appuyant sur le peuple guadeloupéen et martiniquais. Il appartient à l’Etat de reprendre la main en la forçant au patronat local et en s’engageant à modifier la structure des rapports sociaux. Cela englobe toutes les questions à commencer par la question agraire où le développement d’une agriculture vivrière permettant de satisfaire les besoins d’une plus grande partie de la population sera toujours préférable à la spécialisation de l’agriculture autour de la canne à sucre ou de la banane. Cela recouvre également les autres activités économiques. C’est en fonction de cette perspective que doivent être repensés les transferts de fonds publics importants de la métropole en direction des Antilles. Plutôt que de servir à maintenir la majorité de la population juste au dessus du seuil de pauvreté, le gouvernement serait bien avisé de développer une véritable stratégie économique sur l’île. C’est à ce prix et à ce prix seulement que les peuples guadeloupéens et martiniquais continueront à souhaiter faire partie de notre République. La République Française doit aux Antilles passer enfin du stade de l’idée à celle de réalité vivante débarrassée de la honte du colonialisme économique et de l’apartheid social.

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