Service Minimum d'Accueil : Arrêtons l'hypocrisie !

Publié le par cherki

Ce qui se conçoit clairement s’exprime clairement. Je vais donc en toute clarté en sans tergiversations ou diversions expliciter la position de la Ville de Paris concernant le service minimum d’accueil dans les écoles les jours de grève. La loi a été votée et elle est devenue la loi de la République. Il incombe donc aux élus, quoi qu’ils pensent de cette loi, d’essayer de l’appliquer. C’est ce que nous avons tenté de faire. Malheureusement, en l’espèce elle n’est pas applicable. En effet la loi impose d’organiser un service d’accueil dans toutes les écoles où le taux de déclarations de grévistes dépasse les 25%. Nous avons connaissance de ce taux au mieux 48 heures avant la grève. Il nous faut donc en théorie organiser l’accueil dans plusieurs centaines d’écoles dans ce laps de temps très court. Cela relève d’une mission impossible. En effet l’accueil, pour être effectué en toute sécurité pour les enfants, ne peut être que le fait de personnels qualifiés et habilités à cette fin. C’est pourquoi nous avons eu recours au personnel de notre filière animation ainsi qu’aux personnels intervenant dans les écoles tels que les ASEM. Il s’agit des mêmes personnels que ceux qui interviennent dans nos centres de loisirs, à l’exception des agents de service des écoles maternelles (ASEM) que nous avons mobilisés pour l’occasion. Il ne viendrait à l’esprit de personne de confier la responsabilité de nos enfants dans les centres de loisirs au tout venant. D’ailleurs les lois en vigueur nous l’interdisent. Elles fixent même des taux minimum d’encadrement. Pourquoi dès lors y déroger dans le cas du SMA. Ce sont les mêmes enfants qui sont accueillis dans les mêmes lieux. En outre, la sécurité des enfants l’exige. Par exemple, certains enfants sont atteints de pathologies (hémophilie, diabète, troubles respiratoires) qui nécessitent une vigilance particulière exercée par les enseignants, les directeurs d’écoles et les directeurs des centres loisirs qui ont connaissance de ces situations particulières. Confier la garde de ces enfants au premier venu, parents d’élève ou adulte bénévole, serait irresponsable. Sans parler du problème déontologique qui consisterait à porter à la connaissance de tiers des informations qui, au fond, relèvent de la vie privée des individus. De même toujours, les enseignants, les directeurs d’école et les directeurs de centre de loisirs sont seuls habilités à remettre les enfants à des adultes à la sortie des écoles. Ceci pour des raisons de sécurité concernant les enfants (risque d’enlèvement, pédophilie etc.…). Adjoindre massivement pour l’organisation du SMA des adultes non qualifiés et ne connaissant pas les adultes autorisés à réceptionner les enfants à la sortie de l’école serait faire courir un risque inadmissible à nos enfants. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes toujours opposés et nous nous opposerons toujours à l’association de personnes non qualifiés pour l’accueil de nos enfants les jours de grève. Venons en maintenant à l’organisation concrète du SMA. Le personnel qualifié dont dispose la ville de Paris peut théoriquement encadrer seul 26 000 enfants. C’est ce que nous accueillons actuellement au maximum dans nos centres de loisirs. Or, il y a plus de 130 000 enfants scolarisés dans l’école publique à Paris. C’est pourquoi quand il y a une grève massive à Paris qui porte le potentiel théorique d’accueil des enfants à 30 000, 40 000, 50 000 voire plus nous sommes dans l’incapacité de l’organiser. Et ce sans compter la grève de nos propres personnels qui accompagne souvent la grève des enseignants. Sans compter enfin le fait que dans les écoles qui ne sont pas atteintes par un taux de 25% de grévistes nous sommes dans l’obligation d’y affecter notre personnel pour y assurer les missions dévolues à la ville telles que l’encadrement des enfants pendant la cantine ou les activités se déroulant pendant la pause méridienne (EPL, BCD etc.…). Voilà pourquoi, en l’état actuel la loi est inapplicable. On nous rétorque pourtant que certaines communes l’appliquent. On nous fait même valoir le cas de Lyon, Nantes voir Lille. Ceci pour nous accuser à Paris de nous enfermer dans une posture « idéologique ». Ce que nos contempteurs font mine de ne pas apercevoir c’est que les villes en question n’appliquent pas la loi intégralement. Soit en ne mettant en œuvre le SMA que dans certains quartiers, soit en excluant de l’application de la loi une catégorie particulière d’enfants (par exemple en maternelle), soit enfin en se contentant d’ouvrir un ou deux gymnases ou centres de loisirs. Or, la loi est claire. La loi à vocation à s’appliquer à tous les enfants. La loi impose aussi de mettre en œuvre le SMA dans les écoles puisque le critère de déclenchement est le taux de grévistes constaté dans une école et non dans la ville. Curieuse conception donc de la part de ces élus que celle qui consiste à faire semblant d’appliquer la loi. Nous nageons en pleine hypocrisie. Cette fausse application de la loi est faite en toute complaisance avec la complicité des académies et du ministère permettant ainsi à chacun de sauver la face. Xavier Darcos est content car il peut ainsi se prévaloir de la collaboration d’élus de gauche. En contrepartie ces élus de gauche ne sont pas déférés devant les tribunaux administratifs et s’évitent ainsi des débats parfois difficiles dans leur propre majorité municipale quand celle-ci inclut également des élus de centre droit du Modem. Par contre, les parents eux sont les véritables cocus de l’affaire. A Paris, nous avons une autre conception de l’action politique. Nous avons essayé d’appliquer la loi et nous n’y sommes pas parvenus. Nous avons alors préféré une position claire plutôt que d’aller danser aux bal des faux culs auquel nous avait mièvrement invité Monsieur Darcos. Il faut donc sortir de l’ambiguïté et je m’adresse en premier lieu à ma formation politique le PS qui est le parti de gauche qui dirige le plus grand nombre de municipalités. De deux choses l’une, ou nous constatons que l’application en l’espèce de la loi, et non son détournement, est impossible et alors il faut en réclamer son abrogation. Ou alors il faut exiger du gouvernement qu’il mette à disposition des communes les moyens d’appliquer la loi. N’étant ni Premier Secrétaire du PS, ni Président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale je me suis contenté de réclamer du gouvernement qu’il nous mettent à disposition des fonctionnaires d’Etat qualifiés pour l’accueil des enfants pour nous aider à mettre en œuvre la loi. A défaut je crains que nous continuions à tourner en rond. Pour la cohérence du Parti Socialiste, vous êtes priés de vous adresser au 10 rue de Solferino.

 

Pascal Cherki

 

Adjoint au Maire de Paris chargé de la vie scolaire et de la réussite éducative

 

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