La révolte des étudiants grecs n'est pas anodine !

Publié le par cherki

L’explosion de colère qui a saisi soudainement la jeunesse grecque à la suite de la bavure policière qui a provoqué la mort tragique du jeune Andreas Grigoropoulos aura sans aucun doute dans les mois qui viennent, d’une façon ou d’une autre, des conséquences et une résonance dans le reste de la jeunesse européenne. Si cette révolte fait incontestablement écho à la contestation qui embrasa la jeunesse dans nos banlieues à l’automne 2005 elle n’en a pas moins une dimension encore plus explosive. Cette fois-ci les enfants de la classe moyenne sont entrés en action. Imputer cette radicalité soudaine à la seule mainmise des étudiants anarchistes revient à passer à côté de l’essentiel de cette colère qui a embrasé la plupart des villes universitaires grecques bien au-delà des zones traditionnelles d’influence de cette mouvance. Ces affrontements entre les étudiants et la police interviennent en point d’orgue d’une dégradation continue de la condition lycéenne et étudiante dans ce pays qui avait provoqué des mobilisations récurrentes auxquelles le pouvoir n’avait jamais répondu. Ils interviennent aussi en écho à un contexte social marqué par un très important taux de chômage chez les jeunes. Dans notre pays, comme en Grèce, les conditions d’études des jeunes n’ont cessé de se dégrader. Et, ce n’est parce que la réforme libérale de l’autonomie des universités s’est imposée dans l’indifférence générale que cet état de fait n’est pas durement ressenti par les premiers intéressés ainsi que le montre l’actuelle mobilisation des étudiants d’IUT pour défendre leurs budgets. D’autant plus que la situation matérielle des étudiants, loin de s’améliorer n’a cessé au contraire de se dégrader. L’université, qui il y a encore une vingtaine d’années était vécue comme le meilleur rempart contre le chômage, est désormais devenue un moment de grande galère. On ne compte plus le nombre d’étudiants qui rencontrent les pires difficultés pour se loger. On ne compte plus le nombre d’étudiants qui sont obligés de multiplier les petits boulots pour tout simplement joindre les deux bouts. La paupérisation des étudiants est une tragique réalité qui fait écho à la paupérisation de la jeunesse. Une jeunesse qui a désormais le sentiment que son horizon est bouché. Un sentiment qui ne manquera pas de s’accroître tant il est évident qu’elle fera partie des premières victimes de l’immense tsunami social qui s’annonce. Aussi, le gouvernement Fillon serait bien inspiré d’en tirer toutes les leçons qui s’imposent si il veut éviter que de tels affrontements aient lieu dans notre pays. Il est plus que temps de décréter l’état d’urgence social en direction de la jeunesse et de mettre en chantier un grand plan d’urgence en direction des jeunes. Logement, allocation d’études, mesures énergiques contre le chômage, l’heure n’est plus aux demi mesures et aux atermoiements. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui la voix des jeunes n’est pas suffisamment relayée par les responsables politiques dans ce pays qu’elle ne mérite pas d’être entendue. De toute manière les jeunes sauront bien se rappeler à notre bon souvenir. Et, ne doutez pas qu’ils sauront alors trouver et les mots et les gestes pour nous le dire de la même manière que l’ensemble de la jeunesse des pays occidentaux le fit à la fin des années 60 de Berkeley à Paris en passant par Mexico, Rome ou l’Allemagne.

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