Je ne suis pas bouddhiste tibétain...

Publié le par cherki

 

Je ne suis pas bouddhiste tibétain et ne le serai jamais. Pourtant j’ai voté aujourd’hui le vœu présenté par le Maire de Paris faisant citoyen d’honneur de la Ville de Paris, le Dalaï Lama. Non pas que cela m’enchante particulièrement. Je n’ai aucune attirance pour le bouddhisme ou pour aucune autre religion. Je suis laïque et ne le porte pas comme une maladie honteuse. Pourtant j’ai voté ce vœu. Pourquoi ? Tout simplement parce que je suis en total désaccord avec la répression menée par les autorités chinoises à l’encontre d’une partie de la population de ce grand pays. L’unité territoriale de la Chine n’est pas en cause, d’ailleurs le Dalaï Lama se prononce simplement pour l’autonomie du Tibet et non pour son indépendance. Certains rétorqueront que l’autonomie est le premier pas vers l’indépendance. Peut-être, mais peut-être pas et, quoi qu’il en soit, on répond aux questions au moment où elles se posent. Aujourd’hui ce n’est pas en débat, le Tibet est chinois depuis plusieurs siècles et il n’y a aucune raison qu’il ne le demeure pas. En fait, une raison pourrait conduire à se reposer la question. Ce serait dans le cas où l’autisme des dirigeants de Pékin conduirait à une situation tellement explosive qu’elle ne laisserait pas d’autre issue que celle de la séparation, sanglante, entre le Tibet et la Chine. Nous n’en sommes pas là. Mais il est à craindre que nous en prenions le chemin si Pékin n’assouplit pas sa position. D’ailleurs ce n’est pas la seule question qui agite la Chine entraînant avec elle le reste du monde tant il nous est impossible de nous désintéresser de l’avenir du plus peuplé des pays de la planète. Le développement d’un capitalisme débridé encouragé par un parti qui n’a plus de communiste que le nom produit certes de l’accumulation primitive de capital mais il accroît aussi et surtout la différenciation sociale à l’intérieur de ce pays. Dès lors, la question démocratique, même sous sa forme « bourgeoise », devient une question incontournable. A celles et ceux qui en doutent, je les renvoie aux lumineuses pages écrites par Léon Trotsky dans le début de sa magistrale Histoire de la Révolution Russe. Pour parodier l’ancien dirigeant bolchevique, il n’est pas décalé de parler d’un processus de développement inégal et combiné actuellement à l’œuvre en Chine. Aussi, croire que l’on pourra dépasser les contradictions à l’œuvre en les ignorant parce que l’on aurait posé sur elles le manteau d’airain du despotisme éclairé du parti unique est une position de fuite qui nous conduirait à cautionner les pires dérapages à l’avenir. Voici pourquoi, il est dans l’intérêt de la Chine et du peuple chinois lui-même d’encourager les évolutions pacifiques vers une démocratisation de ce pays. Enfin, pour revenir au Dalaï Lama, j’entends les inquiétudes quant au caractère profondément réactionnaire de l’idéologie religieuse en cause. Cela vaut pour toute idéologie religieuse. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Pas plus qu’il ne s’agissait de donner un blanc seing au catholicisme quand on soutenait hier le combat de Desmond Tutu contre l’apartheid ou de celui actuel des moines bouddhistes qui luttent aux côtés du peuple birman pour la liberté.

Publié dans Action militante

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